Parce que l’Europe de l’énergie ne va pas se faire toute seule !

La chronique de Sciences pour Tous dans Dis Pourquoi? sur RCF Lyon

Emission du 30 janvier 2018

C’est vrai que nos infrastructures, on a tendance à n’y penser qu’en cas de problème : soit un gros coup de froid qui nous menace de pénurie, comme en novembre dernier, soit une inondation qui nous prive d’électricité, comme ces dernières semaines. Et pourtant, le sujet est brûlant, en tout cas pour une partie des scientifiques.

Et pourquoi, justement ?

Parce que l’Europe de l’énergie est attendue pour 2030 (autant dire demain), et qu’il y a quelques petits détails techniques à régler !

Est-ce qu’on a vraiment besoin de faire si vite une Europe de l’énergie ?

Oui, pour des raisons aussi bien économiques qu’écologiques. Commençons par l’économie. On le sait, notre électricité est à plus de 70% nucléaire. Or, en 2016, il y a eu jusqu’à 22 réacteurs arrêtés pour des vérifications et de la maintenance, sur les 58 réacteurs que compte notre pays. Résultat, la France a acheté plus d’électricité que d’habitude à ses voisins. Et 2017, dont les chiffres définitifs ne sont pas encore connus, s’est passé grosso modo de la même manière. Notre parc nucléaire vieillit, c’est une réalité dont les conséquences finiront tôt ou tard par se faire sentir.

Du coup on convaincrait les autres pays de partager l’électricité avec nous plutôt que de nous la vendre ?

Voilà ! Une idée lumineuse, n’est-ce pas?  En matière d’énergie comme sur bien d’autres sujets, il n’est plus possible aujourd’hui de raisonner uniquement à l’intérieur de ses frontières. Et nous (les 27) avons au moins 3 bonnes raisons de faire une politique énergétique européenne :

  • Déjà, l’Union Européenne est le 3e plus gros consommateur d’énergie au niveau mondial (derrière la Chine et les Etats-Unis), mais elle en produit assez peu. L’Italie ou la Belgique par exemple, importent les 3/4 de leur énergie. L’Union est donc dépendante d’autres régions. Réduire notre dépendance énergétique, c’est rééquilibrer nos relations avec le reste du monde ;

 

  • Or, 2e bonne raison, le reste du monde va consommer de plus en plus d’énergie : la demande devrait bondir de 75% d’ici 2030. Mais les ressources fossiles (pétroles, gaz, charbon), elles, diminuent… On peut donc, sans trop s’avancer, faire le pari que l’énergie va être de plus en plus chère, financièrement et diplomatiquement ;

 

  • Et puis surtout, le réchauffement climatique nous impose de développer les énergies renouvelables, pour diminuer notre production de CO2. On appelle cela faire un mix énergétique : un cocktail d’énergies fossiles et d’énergies renouvelables.

Plus notre mix énergétique compte d’énergies renouvelables, moins on pollue, et plus notre sécurité énergétique s’accroit. Et ça, pour y arriver, mieux vaut raisonner à l’échelle d’un continent que d’un pays… car, comme on le sait, les énergies renouvelables dépendent beaucoup des aléas de la météo (ensoleillement et vent notamment).

Très bien, mais et la science dans tout ça ?

La science est, comme souvent, appelée au secours des politiques ! Parce que croyez-le ou non, les politiques européens ont eu la même épiphanie énergétique que moi et se sont dit que ce serait vraiment formidable d’harmoniser la manière dont nos différents pays consomment de l’énergie. Ils se sont donc fixé comme objectif de doubler d’ici 2030 la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique européen.

Le gros atout de l’Europe, c’est la diversité des climats : du vent au Nord, du soleil au Sud, des montagnes pour produire de l’hydorélectricité… Reste un petit détail à régler : pour partager l’électricité, il faut des réseaux électriques pour la transporter. Mais comment assurer l’approvisionnement en continu, et sur de très grandes distances, d’une électricité produite de manière intermittente par le vent ou le soleil ?

Avec ces fameux nouveaux réseaux ?

Oui, j’ai nommé SuperGrid, le super-héros des réseaux !

En gros, SuperGrid c’est une nouvelle génération de réseaux électriques à tension continue, (et non plus alternative) organisés en mailles ou grille, d’où son nom, capables de transporter sur de très longues distances et avec une très grande fiabilité l’électricité produite dans toute l’Union, et en particulier en mer.

Enfin ça c’est l’objectif, parce qu’en pratique il y a de nombreux obstacles théoriques et technologiques à faire sauter. Par exemple, comment faire coexister des technologies d’origines diverses ? Comment prendre en compte le vieillissement des matériaux ? Comment augmenter les capacités de stockage ?

Autant de questions sur lesquelles travaillent les chercheurs de l’Institut SuperGrid, installé tout près d’ici, sur le campus de la Doua. Il rassemble une centaine de chercheurs et de doctorants, issus de la recherche académique aussi bien qu’industrielle, qui mettent les bouchées doubles pour que l’électricité produite en mer du Nord puisse bientôt éclairer les foyers du Sud de l’Europe.

 

Cléo Schweyer

Un article de : , Laborantine en chef,
Posez lui vos questions & vos commentaires...


  • Attention à ne pas attribuer un effet à une cause seule. Par exemple, on achète plus de courant également car lorsque la production solaire + vent allemande est excédentaire, les prix sont alors bradés, voir négatifs afin de trouver quelqu’un qui récupère le surplus qui risque autrement de flinguer le réseau. Grosso modo ils payent pour être débarrassé d’un déchet.

    Cette électricité « donnée » devient alors plus intéressante que celle des centrales hydrocarbures ou les barrages, voir peut ensuite être stockée dans les station de pompage puis revendue lorsque le prix remonte. On peut alors également se servir de l’eau qui est resté du bon coté des barrages sans retenue basse.

    « Plus notre mix énergétique compte d’énergies renouvelables, moins on pollue, et plus notre sécurité énergétique s’accroit »
    Cette phrase est discutable, elle néglige le coût de la construction, de la maintenance et de l’intermittence des renouvelable, par kwh produit. Typiquement le cas allemand cité plus haut.

  • Bonjour,

    Permettez-moi de vous citer :

     » Et puis surtout, le réchauffement climatique nous impose de développer les énergies renouvelables, pour diminuer notre production de CO2. On appelle cela faire un mix énergétique : un cocktail d’énergies fossiles et d’énergies renouvelables. »

    « Plus notre mix énergétique compte d’énergies renouvelables, moins on pollue, et plus notre sécurité énergétique s’accroit »

    Avec des prémisses incomplètes, on livre des arguments eux-mêmes incomplets, voire faux. On le montre facilement avec des contre-exemples :

    – en Allemagne, qui compte beaucoup plus de renouvelables que la France, la quantité de carbone émise par kw/h est bien plus importante : 358g aujourd’hui, pour 40g seulement ici (source : https://www.electricitymap.org/?page=country&solar=false&remote=true&wind=false&countryCode=DE).

    La meilleure façon, en France, de diminuer les émissions de CO2 n’est pas de développer les énergies renouvelables (cela peut se démontrer, mais pas dans un commentaire :-)). En terme de CO2, il n’y a rien de significatif à gagner. Elle consisterait plutôt (dans le désordre) :

    – à developper les modes de transport les moins polluants,
    – à manger moins de viande,
    – à construire des maisons en bois (fabriquer du ciment, c’est très polluant),
    – éviter de consommer des choses fabriquées dans des pays où l’électricité est très polluante,
    – faire du tourisme local et pas trop loin (pas d’avion, par exemple),
    – j’en oublie sûrement, mais la solution à éviter est bien de multiplier des éoliennes qui ne servent à rien pour ce qui est de lutter contre le CO2 et coûtent très cher (CSP2 2017 aux alentours de 6 milliards, pour rien, mais alors vraiment rien).

    Cordialement.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *