Une équipe lyonnaise apporte de nouveaux éléments, à l’heure où le risque qu’il représente pour la santé est réévalué par l’Union Européenne.

C’est dans les années 1990 que le Bisphénol A (BPA) a fait son entrée sur la scène médiatique. Augmentation de certains cancers (prostate, sein), baisse de la fertilité masculine, pubertés plus précoces… “Dans un premier temps, la recherche s’est focalisée sur les problèmes de reproduction car le concept de perturbateur endocrinien (voir encadré) est lié au système hormonal”, raconte Vincent Laudet, de l’Institut de Génomique Fonctionnelle de Lyon (ENS de Lyon/CNRS/Université Claude Bernard Lyon 1).

Suspect numéro 1 : le BPA, présent des emballages alimentaires aux tickets de carte bleue. Une étude publiée en 2005 par la revue américaine Environmental Health Perspectives relevait la présence de BPA dans les urines de 95% de la population occidentale : “Actuellement, les normes européennes fixent la dose journalière acceptable à 50μg/kg/jour”, précise Vincent Laudet. “Nos travaux comme ceux d’autres équipes indiquent que des doses inférieures ont un impact sur la santé.”

Perturbateurs endocriniens :  molécules qui se comportent comme des hormones. Les hormones sont des messagers : émises par les glandes endocrines (thyroïde, pancréas, ovaire, testicule…), elles vont se fixer sur les récepteurs spécifiques d’une cellule. Elles ont une action continue et diffuse, régulant l’activité des organes ou organismes dont elles modifient le comportement et les interactions. En interférant avec le fonctionnement des glandes endocrines ou des organes cibles, les perturbateurs endocriniens agissent sur l’équilibre hormonal et peuvent avoir de nombreux effets indésirables sur la santé.

BPA, diabète et audition

Des effets à moindre dose, et surtout des effets non limités aux organes reproducteurs : c’est ce que vient de mettre en évidence l’équipe de Vincent Laudet à l’IGF. Les données montrant un effet du BPA sur des organes non liés à la reproduction sont déjà nombreuses : ainsi chez la souris, le lien entre exposition au BPA et troubles du comportement à l’âge adulte. Chez l’homme, il pourrait affecter le développement de l’apprentissage ou avoir un impact sur le diabète de type 2. Car les récepteurs hormonaux régulent l’expression de certains de nos gènes : dès 2011, l’équipe de l’IGF avait ainsi montré que le BPA induit un développement anormal de l’oreille interne chez le poisson-zèbre, un effet qui ne peut pas être lié à une perturbation des récepteurs des oestrogènes.

Un récepteur 1000 fois plus sensible

Les chercheurs lyonnais ont à présent identifié un autre récepteur hormonal pour le BPA : le ERRγ, au fonctionnement encore assez méconnu. « Nos résultats montrent qu’ ERRγest 1000 fois plus sensible au BPA que le récepteur des oestrogènes. Cela suggère que des doses même faibles pourraient suffire à produire des effets« , alerte Vincent Laudet. Or, le récepteur ERRγ est réputé pour jouer un rôle important non seulement pour le développement de l’oreille, mais aussi dans la régulation du métabolisme. Le BPA serait-il responsable des épidémies mondiales d’obésité et de diabète de type 2 ? « Nos travaux montrent seulement qu’il faut aller regarder ça de plus près« , nuance Vincent Laudet.

L’Autorité européenne de sécurité des aliments mène actuellement une étude pour évaluer si la dose journalière acceptable de BPA doit être revue à la baisse. “Je pense qu’il faudrait le faire, et nous allons d’ailleurs lui communiquer nos résultats”, indique le chercheur lyonnais. L’agence a déclaré avoir reçu près de 250 contributions scientifiques entre janvier et mars 2014.

 

BPA : que dit la loi ?

– 2010 : le bisphénol A (BPA) est banni des biberons en France

– 2012 : la loi 2012-1442 du 24 décembre interdit les fabrication, importation et mise sur le marché des conditionnements alimentaires comportant du BPA (échéance 2015)

– 2013 : l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail confirme la nécessité de réduire les expositions au BPA et recommande un étiquetage systématique des produits pour que les consommateurs ne les chauffent pas trop longtemps.

– L’Autorité européenne de sécurité des aliments prolonge jusqu’à fin 2014 le délai pour la finalisation de l’évaluation complète des risques associés au bisphénol A. L’agence a déclaré avoir reçu près de 250 contributions scientifiques entre janvier et mars.

 

Pour aller plus loin
L’Institut de Génomique Fonctionnelle de Lyon est une unité mixte de recherche de l’École Normale Supérieure de Lyon, du CNRS et de l’Université Claude Bernard Lyon 1, également affiliée à l’INRA. Il s’intéresse à la génomique fonctionnelle, c’est à dire la compréhension des mécanismes génétiques et moléculaires qui permettent aux animaux de se développer correctement et de s’adapter à leur environnement et au fonctionnement du génome dans ces processus. Plusieurs équipes travaillent sur des pathologies telles que le cancer, les maladies ostéo-articulaires ou les désordres métaboliques. Enfin, il est également tourné vers l’agronomie et se penche sur les espèces domestiques comme les bovins ou sur les effets de certains polluants environnementaux sur la santé.

 

Cléo Schweyer

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Laborantine en chef

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