On entend souvent que le langage est le propre de l’humanité. Pourtant, tout le vivant communique, des bactéries à votre animal de compagnie.

 

Cette chronique a été initialement diffusée dans Sciences pour Tous, l’émission consacrée au biomimétisme du 13 décembre 2016.

 

Cessons de faire de l’homme la mesure de toute chose ! Évaluons les autres espèces par ce qu’elles sont, elles !” nous suggère le grand éthologue Frans de Waal. Et c’est ce que nous allons faire en observant avec fascination la communication des espèces vivantes.

La communication est partout

Définissons déjà la communication : c’est un échange entre deux individus, dont au moins un produit un signal. Mais on peut communiquer par d’autres signaux : signaux visuels, signaux tactiles, chimique…

Maintenant, qui peut communiquer?

En fait, la communication est présente à tous les niveaux de la vie, même microscopiques. Par exemple, qui aurait cru que les bactéries sont en fait plutôt sociables? En 2010 on a découvert qu’elles ont élaboré des systèmes de signalisation chimique qui leur permettent de communiquer. Ce signal, appelé AI-2, semble être universel et facilite les comportements collectifs! Transfert de gènes ou production d’antibiotiques font partie de leurs sujets de discussions favoris.

Remontons maintenant à une plus grande échelle.

Nous découvrons alors des plantes qui sont toutes aussi bavardes. Une étude australienne de 2012 a montré que les plantes réagissent à leur environnement. Les jeunes plants de piments détectent, par le biais de récepteurs organiques, les autres plantes à proximité. À côté de plantes de la même famille, elles vont pousser plus facilement et feront attention à ne pas occuper être trop envahissantes.

Par contre je ne saurais affirmer si une salade préfère pousser à côté de radis ou des betteraves!

Les animaux: communication ou langage?

Intéressons nous maintenant à la communication des espèces animales.

Situation : une abeille a besoin de donner une direction de la source de nourriture la plus proche. L’information a l’air d’être basique, et plutôt associé à du protolangage par son aspect concret et direct. Mais sa forme sera complexe. L’abeille calcule déjà la distance de la nourriture par rapport à l’angle de sa position vers le soleil, puis retranscrit cette information par des mouvements d’ondulation de son corps.

Autre cas, certains oiseaux utilisent des signaux visuels pour communiquer. Ils ont un champs d’expression colorimétrique beaucoup plus varié que l’oeil humain. Grâce à une grande sensibilité spectrale ils peuvent percevoir l’ultraviolet. Ces signaux sont utilisés pour s’identifier entre eux sans alerter les nombreux mammifères prédateurs.

Enfin, le cas des cétacés a intrigué récemment les chercheurs. Le Dr Vyacheslav Ryabov a publié une étude en octobre 2016 dans la revue de l’université Polytechnique de Saint Petersbourg. Elle portait sur l’analyse des échanges audio entre des dauphins. Ces derniers arrivaient à communiquer via des signaux impossibles à entendre par l’espèce humaine car allant jusqu’à plus de 200 kilohertz. Reste à trouver des outils suffisamment développé pour comprendre ces signaux!

Et les échanges inter espèces?

Avec ces exemples de communications très spécifiques, on peut se poser une question : quelles sont les possibilités de communication inter-espèces? Verra-t-on un jour des traducteurs en français-Dauphin ?

Déjà, au sein même de l’espèce humaine on a parfois du mal a communiquer entre nous…

Avez-vous déjà discuté avec un individu qui n’a pas du tout la même culture ni la même langue ? C’est vraiment difficile, car impossible de reproduire certaines sonorités sans avoir une pratique avancée de la langue, et puis la difficulté de trouver des gestes universels…

Mais certains signaux peuvent être plus ou moins universels, souvent face au danger.

Une étude publiée en 2000 montrait que la communication inter-espèce existe en tout cas dans la nature. Les singes Diana d’Afrique de l’Ouest et les singes de Campbell utilise tout 2 des signaux différents pour prévenir de l’arrivée de prédateurs, ici des aigles et des léopards. Or, un singe d’une des deux espèces arrive à interpréter le signal de l’autre espèce!

Partager un environnement commun est une première étapes pour créer une interaction.

Ailleurs, certains coléoptères myrmécophiles (« qui aiment les fourmis ») ont au cours de leur évolution appris à mimer le langage antennaire des fourmis, pour quémander un peu de nourriture aux fourmis ouvrières. Il existe donc des passerelles, des supports communs qui permettent d’échanger.

Koko, une femme gorille vivant en captivité, a ainsi appris la langue des signes. Après avoir vu une photo d’un zébre, elle a effectué en complète autonomie les signes « Tigre » et « blanc » pour décrire cette photo.

Pour communiquer, un secret: la bonne volonté?

Donc au final, quel est le secret de la communication entre les espèces?

Il faut prendre le temps d’écouter et partager. Bien communiquer avec un autre, quel qu’il soit, c’est avant tout partager sa vie, ou long moment avec lui. En effet, si vous vivez avec votre chat, vous le comprendrez parfaitement quand il vous dira “Je me sens bien et je t’apprécie beaucoup (surtout quand tu me donnes à manger)”.

Alors ayons l’intelligence de nous ouvrir à toutes formes de communication et apprenons à utiliser la plus importante forme que prend le langage, celle du coeur.
Car en plus d’être universel, le langage du cœur et de l’amour n’a souvent pas besoin de mots pour être compris.

 

Bibliographie
Livre: “Somme nous trop bêtes pour comprendre l’intelligence des animaux”? par Frans de Wall

Articles :

http://tempsreel.nouvelobs.com/sciences/20160912.OBS7843/les-dauphins-ont-ils-un-langage-aussi-developpe-que-celui-des-humains.html

– https://www.franceculture.fr/emissions/les-nouveaux-chemins-de-la-connaissance/le-langage-34-peut-comprendre-le-langage-animal : langage et forme de culture

http://www.pourlascience.fr/ewb_pages/a/article-l-intelligence-animale-un-concept-flou-37168.php

– Bactéries : http://www.cnrs.fr/languedoc-roussillon/07com-medias/07-1-commu/07-1-commu-2007/com%20presse%20bacteries.pdf

Alexandre Pillot

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  • Je pense qu il faut dans un premier temps arrêter d humaniser les animaux. Dans un second temps, réaliser que le langage est juste un moyen de communiquer. Les animaux ne voient pas les choses de la même façon, ne veulent pas la même chose, fonctionne plus sur le ressentie l action que la logique, qu il ne possède pas… Ils accorde donc beaucoup d attention aux sentiments de l interlocuteur. ils sentent facilement la peur ou les autres émotions simples la peur par exemple, ce qui chez nous n est que une petite partie du message que l on veut transmettre (le ton), car en générale ce que l on veut surtout dire c est de l information d action… Chez les animaux c est exprimé par les actions, la communication est en général lié aux sentiment de leurs vie d animaux dans le présent, reproduction, nourriture, danger, sociabilisation, etc… Nos problème sont en effet bien plus complexe et demande un langage plus complexe… mais ne cherchons pas a complexifier leurs langage qui n a rien a voir avec nos problèmes… On ne peut parler de culture du monde animale et je sent que l humain sera bien déçu si il parvient a discuté avec les animaux. Pour eux nous ne devons pas faire partie du même monde… Leurs soucie sont loin d être les nôtres…

    • Bonjour Nours77,

      Merci pour votre commentaire 🙂
      Voici des éléments de réflexion par rapport à vos propos.

      #CultureAnimale
      L’existence de la culture dans le monde animal est affirmée par de nombreux scientifiques. D’ailleurs elle a été officiellement reconnue lors de la 11e conférence de la Convention sur la conservation des espèces migratrices appartenant à la faune sauvage.
      Elle apparaît sous de nombreuses formes : dialecte et tradition, enseignement, innovation et transmission.
      Par exemple la culture de la pèche aux insectes chez les chimpanzés. Selon les régions, des usages très variés se sont développés : récolte avec des bâtons, préparation des outils, formes différentes… Ainsi, chaque jour des études révèlent des comportements surprenants, riches d’enseignements et permettant d’élargir notre définition de la culture non-humaine.

      #CommunicationAnimale
      Les animaux non-humain ne sont pas uniquement dans le présent ou des besoins primaires. La encore, l’exemple sera avec des grands singes. Charles Menzel avait clairement mis en avant la communication à propos d’un événement passé, et donc pas uniquement du présent. Panzee, la chimpanzée, avait clairement conscience de savoir quelque chose que l’humain en face d’elle ne savait pas et agissait en conséquence.
      Les animaux ont une mémoire, et peuvent utiliser des événements du passé pour agir sur le quotidien. Cela a même été étudié avec des oiseaux (des geais) fin des années 90 ou plus récemment avec des corbeaux. Même les éléphants ont des comportements très particuliers face au concept de la « mort ».
      Clairement, les animaux sont sentients. Tous ne développent pas des capacités cognitives aussi avancées (test du miroir), mais les études sont suffisamment nombreuses pour déconstruire le mur que l’animal humain a dressé face aux autres espèces animales.

      L’idée n’est pas de savoir qui a la forme de langage la plus complexe avec une échelle des espèces. Comme expliqué dans l’article, nous sommes bien démuni face aux outils de communication du dauphin.

      L’objectif important est de ne plus avoir un point de vue anthropocentré. L’être humain n’est pas la mesure et le centre de toute chose.
      Vous mentionnez « Leurs soucis sont loin d’être les notres ». Oui, tout comme nos soucis sont loin d’être les leurs. Les problèmes de connexion internet n’importent pas vraiment un grand singe, tout comme ses problèmes de récolte de termite sont loin des notre.
      Cependant, quelque soit notre espèce, quelque soit nos langages, nous avons les mêmes besoins primaires : manger et dormir librement.
      En un mot : Vivre 🙂

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