Clara Inocente, le genre humain


Clara Inocente
Clara Inocente

Vétérinaire, Clara Inocente vient de soutenir une thèse en pédiatrie. Si son travail ouvre des perspectives nouvelles sur la narcolepsie, maladie méconnue, son parcours invite à s’interroger sur le rapport entre humain et animal.

Clara Inocente aurait aimé être jockey, mais sa maman trouvait que ce n’était pas un métier sérieux. A cinq ans, comme tant de fillettes amoureuses de leur chat, leur chien ou leur hamster (elle a eu les trois), la petite brésilienne a donc choisi d’être vétérinaire. Elle a réalisé son rêve, et il l’a menée là où elle ne pensait pas aller : un service hospitalier de pédiatrie.

La narcolepsie, une maladie rare… chez le chien aussi

Après mon diplôme de médecine vétérinaire, j’ai décidé de faire une thèse pour devenir enseignante-chercheure à l’université”, raconte Clara Inocente. “J’ai choisi de travailler sur la narcolepsie chez le chien.” Aussi surprenant que cela puisse paraître, le meilleur ami de l’Homme peut aussi souffrir de ce trouble du sommeil très rare (0,02 à 0,03% de la population humaine). “Ce qui m’intéressait le plus était la neurochirurgie vétérinaire et je cherchais un sujet différent des cas les plus fréquents, qui sont l’épilepsie et les fractures de la colonne.” Elle découvre l’existence de la narcolepsie canine au détour d’un congrès à Rio de Janeiro. Un congrès de neurologie… humaine : “L’animal est étudié pour comprendre l’humain”, explique-t-elle. Avant d’ajouter : “Moi, je veux faire l’inverse !”

Chez le chien comme chez l’humain, la narcolepsie est très souvent diagnostiquée à tort comme de l’épilepsie. Les traitements proposés sont donc inutiles, quand ils n’aggravent pas tout simplement les symptômes, dont les plus connus sont la somnolence diurne excessive (difficulté à rester éveillé dans la journée), la cataplexie (une brusque perte de tonus musculaire, qui ressemble à un évanouissement mais pendant laquelle le malade reste conscient), les hallucinations hypnagogiques et la paralysie du sommeil. Une différence de taille existe cependant entre humains et canins : chez le chien la narcolepsie est génétique, chez l’humain il s’agit d’une maladie auto-immune.

De la médecine animale à la médecine humaine

Quoi de neuf sur la narcolepsie chez l’enfant ?

L’étude à laquelle a participé Clara Inocente a permis de faire ressortir de nouveaux aspects de la maladie :

  • dans 30% des cas, elle s’est déclarée après une vaccination contre le virus H1N1
  • dans 60% des cas, l’obésité (IMC à partir de 30) s’installe très rapidement après le début de la maladie. Elle se résorbe dès le début du traitement.
  • une majorité des patients narcoleptiques obèses ont également une puberté précoce
  • la cataplexie, qui affecte 80% des malades, est majoritairement provoquée par des émotions fortes positives (situation de jeu, rire)
  • les allergies sont plus importantes chez les patients affectés par la cataplexie que dans la population générale
  • environ 30% des enfants narcoleptiques en surpoids sont en situation d’absentéisme scolaire.

Après avoir travaillé 18 mois comme vétérinaire dans un hôpital universitaire de Rio de Janeiro, Clara Inocente renoue avec ses racines hexagonales (son grand-père maternel est Français) en suivant un master recherche en sciences cognitives à Bordeaux : “Le master n’abordait que la médecine humaine. Pour mon projet de thèse, je tenais à travailler sur l’animal. Mais la recherche universitaire qui cible l’animal comme patient est rare, surtout en France”, explique-t-elle. Les laboratoires de référence sur le sommeil sont à Lyon : Clara Inocente rejoint l’équipe Physiologie intégrée du système d’éveil du professeur Jian-Sheng Lin au Centre de recherche en neurosciences de Lyon. Un projet démarre justement sur la narcolepsie chez l’enfant, portant sur une cohorte de 117 sujets âgés de 4 à 18 ans. Clara Inocente en fait son sujet de thèse, sous la co-direction du Docteur Patricia Franco (HFME / Université Claude Bernard Lyon 1).

Voilà donc Clara Inocente intégrée à un service hospitalier, parmi médecins et neuroscientifiques. L’étude s’appuie sur la cohorte NarcoBANK créée par Isabelle Arnulf (Hôpital Universitaire Pitié-Salpêtrière), sur cinq centres de référence sur le sommeil et un centre de référence en pédiatrie. C’est la plus importante menée à ce jour. “Mon projet de thèse prévoyait une étude comparative de la maladie chez l’enfant et chez l’animal. Mais il y avait tellement à faire chez l’enfant que j’ai abandonné la partie animale !”  

Entre médecine vétérinaire et pédiatrie, son coeur balance

Comment a-t-elle été accueillie à l’hôpital, avec son diplôme de vétérinaire ? “Mes collègues étaient étonnés, mais le vétérinaire aussi peut être un chercheur !” Mais tout de même, un vétérinaire dans un hôpital d’enfants ? “Il faut comprendre que je ne faisais pas du soin mais de la recherche sur une maladie, ses symptômes et ses effets. C’est peut-être difficile à entendre, mais en médecine il y a peu de différence entre le chien et l’homme ! Et elles sont surtout cognitives. Au niveau cellulaire, homéostasique, physiologique, les processus sont similaires. Pendant mes études vétérinaires j’ai étudié dans des manuels de médecine humaine !”

En près de cinq ans de recherche, elle s’est prise de passion pour cette maladie, la narcolepsie, qu’on “admire de plus en plus en l’étudiant” car elle touche tous les aspects de la vie. Et je me suis trouvée enchantée par la clinique humaine”, ajoute-t-elle avec son accent mélodieux. Outre l’impact déjà connu sur le sommeil, ce travail met en lumière, chez les enfants suivis, l’association avec l’obésité, l’hyperactivité, les troubles de l’humeur, l’absentéisme scolaire, les allergies…

Pour Clara Inocente, la hiérarchie entre espèces humaine et animales n’a pas de raison d’être. Mais elle est bien réelle : “Pour les animaux, la guérison est très souvent une question d’argent : peu de gens sont prêts à sauver leur animal quel qu’en soit le prix.” Aujourd’hui, le coeur de Clara Inocente balance entre la poursuite de sa recherche en pédiatrie et le retour à ses premières amours. “J’aimerais réussir à faire ce lien entre médecine humaine et médecine animale”, conclut la jeune femme.  

 


Un contenu proposé par

Cléo Schweyer

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