Paléontologie : des os et des hommes


Une ammonite avec statut d’holotype conservée dans la typothèque des Invertébrés (cliché Noël Podevigne).

La collection de paléontologie et de géologie de Lyon 1 est l’une des premières d’Europe. Grâce à ses conservateurs, c’est aussi un centre de ressources pour la recherche.

Dans le creux de la paume, le crâne semble tout petit : poids plume d’à peine 35 kilos, Toumaï ne mesurait guère plus d’un mètre. Cet être minuscule, le premier de la tribu des Hominini (hommes et grands singes) a vécu il y a 7 millions d’années à l’ouest du rift est-africain. Aujourd’hui, Abel Prieur présente un moulage de sa tête dans une salle de l’Université Claude Bernard Lyon 1. Auprès de Toumaï, sur les rayonnages de cette salle consacrée à la préhistoire, la lignée humaine est complète : “Ces moulages sont très rares, absolument semblables aux originaux : cette collection a une grande valeur pédagogique”, s’enthousiasme Abel Prieur, le responsable de la collection paléontologique et géologique de Lyon 1.

 

Toumai

Moulage du crâne de Toumaï (cliché A. Prieur)

 

D’abord une collection scientifique

La collection court le long de 15 kilomètres de tiroirs. Une noix de coco vieille de 35 millions d’années, des galets gravés du Paléolithique supérieur, un trilobite (fossile marin) de 400 millions d’années, des crânes de micromammifères… Sous ses airs d’inventaire à la Prévert, cet ensemble de dix millions de pièces est un centre de ressources vers lequel se tourne chaque année une soixantaine de chercheurs venus d’une quarantaine de pays, ainsi qu’une dizaine de paléontologues de l’Université Claude Bernard Lyon 1.

La valeur scientifique d’une collection, c’est la précision des informations de contexte”, souligne Abel Prieur. “Le lieu exact de découverte des objets, leur histoire, leur nature, leur taxinomie… Ici, 95% de la collection sont exploitables. Ces informations de contexte vont parfois jusqu’à la composition du vernis, une donnée précieuse en cas d’analyse chimique du “matériel”.

 

 

contenu tiroir stratigraphie

Contenu d’un tiroir de la salle de stratigraphie (cliché Noël Podevigne).

 

25 000 tiroirs comme terrain de jeu

Abel Prieur a été rejoint début 2012 par Emmanuel Robert, ingénieur de recherche aux allures juvéniles. Ils officient dans 3 000 mètres carrés silencieux où flottent de discrets parfums de vernis, se repérant avec une vitesse et une précision étonnantes parmi les 25 000 tiroirs, les dizaines d’objets alignés, chacun numéroté et flanqué d’une étiquette écrite à la main, encre de chine noir sur papier cartonné blanc.

Un travail de titan ou peut-être de fourmi, mais un travail nécessaire : “Pour chaque objet que nous recevons, nous réalisons les mêmes trois opérations : classement, rangement, inventaire. Conservation et documentation vont vraiment de pair”, confirme Emmanuel Robert.

 

Référents Un référent est le premier exemplaire connu d’une espèce. 15 000 référents ont ainsi été “repérés”, c’est-à-dire dûment renseignés et étiquetés, par Abel Prieur et ses équipes. En tout, la collection de paléontologie et géologie rassemble 30 000 référents, logés dans une salle baptisée la “typothèque”.

“La systématique est devenue ringarde”

La collection a vu le jour en 1848 et “tous les collègues depuis ont légué leurs livres et leurs objets”, raconte Abel Prieur. Quand il est arrivé à la tête de la collection, en 1975, elle rassemblait surtout des fossiles issus de sites rhônalpins : Saint-Vallier, Saint-Alban, Belmont, les Monts d’Or… Paradoxalement, c’est à la faveur d’une “phase de désintérêt général” pour les collections de paléontologie que celle de Lyon 1 s’est étoffée : “La systématique est devenue ringarde, la mode est à la géochimie”, regrettent les deux conservateurs. Petit à petit, la collection de Lyon 1 a absorbé celles de l’université de Clermont-Ferrand, du Collège de France, de l’Université Catholique de Lyon, de l’Ecole Nationale Supérieure des Mines de Paris… ainsi qu’une trentaine de collections particulières, et des “collections pétrolières” rassemblant des fossiles retrouvés dans les carottes que creusent les machines lors des forages de pétrole. “La valeur scientifique d’un don est évalué en amont. Ensuite, c’est un tout : nous n’avons pas le droit de trier les objets.” Aujourd’hui, la collection rassemble des groupes fossiles de tous âges et se distingue dans quelques domaines précis : les ammonites du Jurassique, les invertébrés des Primaire et Secondaire, les mammifères des Ternaire et Quaternaire. C’est le premier ensemble d’Europe pour le nombre de pièces numérisées.

 

boite brachiopodes

Une boîte de Brachiopodes conservés en collection (cliché Noël Podevigne).

 

Des bases de données aussi précieuses que les objets

La constitution et la mise à jour de bases de données exploitables par les chercheurs est, on s’en doute, une part importante du travail quotidien d’Emmanuel Robert et Abel Prieur. Ce dernier a fait figure de pionnier en troquant dès 1980 ses cartes perforées pour un système informatique. Actuellement, une trentaine de ces bases sont entretenues, dont un inventaire de 13 000 gisements fossilifères, avec leurs coordonnées géographiques exactes et les découvertes qui y furent faites. “La paléontologie, à la base, était une science de terrain, d’observation. Beaucoup d’entre nous finissaient d’ailleurs à la police scientifique pour leur capacité à déduire la composition d’un sol à partir de la végétation ou du relief”, raconte Abel Prieur avec une pointe de fierté. Ces bases de données, aussi précieuses que les objets, ne sont pas disponibles sur Internet pour éviter d’encourager les “pilleurs de fossiles” : les conservateurs travaillent en direct avec les chercheurs. “S’ils peuvent se déplacer, nous les accueillons ici. Nous pouvons également réaliser sur place des moulages, avec une précision de 4 microns. Ou bien nous prenons en photo l’objet qui les intéresse. Une fois blanchi au chlorure de magnésium pour rendre plus visibles les détails, l’objet est photographié sous toutes ses coutures dans un mini-studio spécialement équipé. L’échelle et l’angle des clichés seront ceux demandés par le chercheur.

 

collection paleobotanique

collection paleobotanique (cliché Noël Podevigne)

 

Le passé, un trésor pour la recherche

Publications Bien qu’il soit difficile de dresser un bilan complet des publications (“Un collègue a publié 6 fois sur la même pièce…”, se rappelle Abel Prieur), on estime à une soixantaine par an le nombre d’articles réalisés à partir de la collection de paléontologie et géologie.

Debout au centre d’une pièce impressionnante où se dressent des squelettes de grande taille, Abel Prieur et Emmanuel Robert paraissent moins nostalgiques que fiers des possibilités offertes à la recherche par ce matériel muet pour le commun des mortels. La quiétude des lieux est un silence peuplé par des centaines d’histoires qui se déploient à peine un tiroir ouvert. La collection de paléontologie et géologie est d’ailleurs ouverte aux visites, que les conservateurs imaginent comme un dialogue entre le visiteur et ses hôtes. Si le cœurvous en dit, vous y passerez de deux heures à une journée… Pas si long finalement pour un voyage de quelques milliards d’années.

Pour aller plus loin

Visites : Les visites sont guidées et commentées par les conservateurs. Elles ont lieu en semaine ou le samedi matin. Une réservation, par courriel ou téléphone, est nécessaire. Elles concernent tous les publics: étudiants, personnels de l’université, associations, autres publics adultes et enfants (10 ans ou plus). Elles sont organisées pour un groupe de 8 personnes minimum et 20 personnes maximum (pour des questions pratiques).

Informations et contacts : consultez le site internet des collections


Un contenu proposé par

Cléo Schweyer

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