De “bonnes” bactéries pour soigner la sous-nutrition


Représentation artistique de jeunes larves de drosophile en sous-nutrition chronique ©Berra Erkosar
Représentation artistique de jeunes larves de drosophile en sous-nutrition chronique © Berra Erkosar

L’équilibre de la flore intestinale joue un rôle clé dans la sous-nutrition : les bactéries peuvent aggraver comme atténuer les effets physiologiques de la privation de nourriture.

La flore intestinale n’a pas fini de nous surprendre : son écologie et le rôle qu’elle joue dans notre équilibre physiologique sont au coeur d’un nombre grandissant de recherches thérapeutiques. Parmi elles, la prise en charge de la sous-nutrition, état physiologique dû à un apport insuffisant en calories et nutriments qui affecte environ 13% de la population mondiale (800 millions de personnes souffrent de malnutrition chronique). L’équipe de François Leulier à l’Institut de génomique fonctionnelle de Lyon (Université Claude Bernard Lyon 1/CNRS/ENS-Lyon) vient de mettre à jour le potentiel des lactobacilles pour prévenir et peut-être guérir les conséquences physiologiques de la sous-nutrition.

La flore intestinale au centre du syndrome de sous-nutrition

On distingue deux types de sous-nutrition : la sous-nutrition aiguë, ou famine, qui se traduit par une perte de poids rapide et des syndromes inflammatoires, en particulier chez l’enfant, et la sous-nutrition chronique : “Même si elle est moins sévère que la famine, la sous-nutrition chronique cause des dommages et une morbidité plus importants”, souligne François Leulier. Elle entraîne notamment une fonte musculaire généralisée et a des effets très importants sur la croissance et le développement cérébral des enfants. Est-il possible de prévenir ou diminuer ces effets ?

L’équipe de François Leulier a mis à jour le rôle jusqu’alors méconnu des lactobascilles dans l’expression et l’activité d’enzymes digestives chez la drosophile : “Nous avions déjà montré, dans une précédente publication, le rôle de “tampon” du microbiote intestinal : la sous-nutrition a des effets plus sévères quand il est absent”, explique François Leulier. “L’importance du rôle des communautés bactériennes dans le cas de la sous-nutrition aiguë avait également été identifiée, mais pas dans le cas de la sous-nutrition chronique.”

Cercle vicieux ou cercle vertueux, une affaire de bactéries

Les chercheurs ont démontré que les souches de lactobacilles, présentes par exemple dans les probiotiques que l’on trouve aujourd’hui en vente libre en pharmacie, déclenchent la production de pepsidases. Ces enzymes favorisent l’absorption des protéines, ce qui les rend particulièrement pertinentes dans les cas de fonte musculaire. Un apport accru en probiotiques potentialise donc les apports alimentaires : malgré un apport appauvri, l’organisme extrait davantage de protéines.

A l’inverse, et c’est une autre découverte d’importance, les inflammations provoquées par la sous-nutrition favorisent l’émergence de bactéries pathogènes dans la flore intestinale : ”Certaines d’entre elles antagonisent l’expression des enzymes digestives, ce qui met en place un cercle vicieux : on absorbe moins de protéines, on est donc moins résistant, ce qui accroit le risque d’inflammation, et ainsi de suite”, résume le chercheur. En apportant des “bonnes bactéries”, on permet à l’organisme de tirer le meilleur parti des apports nutritionnels et on transforme le cercle vicieux en cercle vertueux.

On observe que le stress nutritionnel entraîne la diminution du nombre de bactéries dans la flore intestinale et l’appauvrissement de sa diversité, mais on ne sait pas encore comment une communauté bactériennes est façonnée. C’est un des axes pour la poursuite de cette recherche. “Nous avons pu démontrer le rôle préventif des lactobacilles, nous aimerions à présent valider leur capacité à corriger les effets de la sous-nutrition par des modèles pré-cliniques comme la souris”, complète le chercheur.

On estime que le poids total de bactéries dans notre corps est d’environ 1kg : elles sont dix fois plus nombreuses que les cellules humaines dans l’organisme.

Pour aller plus loin
Publication : Pathogen Virulence Impedes Mutualist-Mediated Enhancement of Host Juvenile Growth via Inhibition of Protein Digestion. Berra Erkosar, Gilles Storelli, Mélanie Mitchell, Loan Bozonnet, Noémie Bozonnet, François Leulier. Cell Host and Microbe, 1er octobre 2015.

L’Institut de Génomique Fonctionnelle de Lyon est une unité mixte de recherche de l’École Normale Supérieure de Lyon, du CNRS et de l’Université Claude Bernard Lyon 1, également affiliée à l’INRA. Il s’intéresse à la génomique fonctionnelle, c’est à dire la compréhension des mécanismes génétiques et moléculaires qui permettent aux animaux de se développer correctement et de s’adapter à leur environnement et au fonctionnement du génome dans ces processus. Plusieurs équipes travaillent sur des pathologies telles que le cancer, les maladies ostéo-articulaires ou les désordres métaboliques. Enfin, il est également tourné vers l’agronomie et se penche sur les espèces domestiques comme les bovins ou sur les effets de certains polluants environnementaux sur la santé.


Un contenu proposé par

Cléo Schweyer

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