Edgard Renault, la fibre optique


Edgard Renault
Edgard Renault © Eric Le Roux, Université Claude Bernard Lyon 1

Edgard Renault est ingénieur de recherche à l’Observatoire de Lyon. Son laboratoire a travaillé dix ans sur le projet MUSE, entre innovation industrielle et système D.

Planté dans le parc du Centre de Recherche Astrophysique de Lyon (CRAL) comme un champignon, le bâtiment évoque un kiosque à musique. A l’intérieur sommeille la plus anciennes des lunettes fixes de l’observatoire. “On en a retrouvé quatre morceaux dans les combles avec des oiseaux dedans”, s’amuse Edgard Renault. D’autres pièces manquent encore pour la restaurer, avec l’intuition et une photo centenaire comme seules ressources. Le projet international MUSE, à l’en croire, ressemblait parfois à ce genre de rébus : “Une affaire de débrouillardise !

Edgard Renault est ingénieur de recherche en instrumentation optique. Aux côtés de Louisa Adjali, Johan Kosmalski et Florence Laurent, il s’est consacré à MUSE dès son arrivée au CRAL en 2003. En poste au Musée de l’air et de l’espace du Bourget, il aspirait à “faire de la science plutôt qu’en parler” après dix ans de médiation scientifique. La perspective de travailler sur MUSE, technologie unique promettant notamment l’étude de galaxies invisibles à l’œil nu, a enthousiasmé ce passionné d’astronomie. Composé de 24 spectrographes 3D conçus et en partie fabriqués au CRAL, l’instrument contient 2300 lentilles de précision. Il est installé en janvier 2014 à l’observatoire chilien de Cerro Paranal.

Face à l’imprévu, la créativité

Parmi les innovations développées, le slicer, qui découpe l’image venue du télescope pour la reporter sur un capteur numérique à 4 mètres. L’équipe d’optique l’a réalisé avec des prestataires industriels. “Nous dialoguons avec une vingtaine d’entreprises, surtout françaises, moins frileuses que leurs homologues à l’étranger.”  La société vauclusienne Winlight a ainsi produit 24 slicers en zérodur, un verre d’une très grande stabilité thermique. Edgard Renault a mis trois mois pour tester le premier. Tout tester aurait pris six ans à ce rythme, il n’en avait que deux. “Heureusement, les 23 autres ont été intégrés et testés en trois jours chacun. J’avais eu tous les aléas possibles sur le premier !

En cas d’imprévu, le système D s’impose. Face au risque sismique de Cerro Paranal, l’équipe a ainsi fait élaborer une colle époxy par la société francilienne 3M. “Elle est indestructible une fois sèche. Mais nous posions les slicers sur leur support à la main avec une précision de 20 micromètres : nous avions parfois besoin de réajuster. On a trouvé une astuce avec des vis pour décoller sans abimer.”

Lycéen peu assidu, Edgard Renault est venu aux études après un service civique dans une association de diffusion des sciences. Gourmand plus que stratège, il s’est inscrit au Conservatoire National des Arts et Métiers et a validé tous les cours dans le désordre, sauf un : optique niveau 1. Ce qui lui a coûté son diplôme. “C’est bien la preuve que les titres ne font pas tout ! Quand on est passionné, on trouve toujours un moyen de se réaliser.” 

Pour aller plus loin

Photo : © Eric Le Roux / Université Claude Bernard Lyon 1


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Cléo Schweyer

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