Estelle Métay, les liaisons vertueuses


Estelle Metay
Estelle Metay (Photo © Eric Le Roux / Université Claude Bernard Lyon 1)

La chimiste Estelle Métay met au point des solutions alternatives “vertes” aux composés utilisés dans l’industrie. Un travail de liaison, moléculaire et humaine.

Le laboratoire de chimie ressemble exactement à ce qu’on imagine : des paillasses blanches, des ampoules à décanter, pipettes et autres tubes bien alignés, une douche au-dessus de la porte en cas de projection … Le soleil de début de matinée donne à l’ensemble l’allure d’une cuisine de restaurant avant le coup de feu. Près d’une fenêtre, un ballon tourne dans un évaporateur rotatif.

Estelle Métay est dans son élément : “Quand on avance dans sa carrière on n’a souvent plus le temps de faire des manipulations”, sourit la jeune chercheur en chimie organique. “On fait plutôt de la coordination, du suivi des étudiants, de la recherche de fonds et beaucoup de tâches administratives ! C’est important pour moi de passer encore le plus de temps possible au laboratoire.”

Inventer une production industrielle verte

A l’Institut de Chimie et Biochimie Moléculaires et Supramoléculaires, Estelle Métay coordonne le projet COUPOX, financé par l’Agence Nationale de la Recherche pour 2013-2017. Le but de sa recherche est de trouver comment produire des acides mono- et di-carboxyliques de la manière la plus respectueuse possible pour l’environnement et les personnes qui manipulent ces produits. Ils sont en effet utilisés dans l’industrie pharmaceutique, mais ils sont également massivement utilisés pour la production de polyamides et de polyesters. La réflexion doit donc intégrer les aspects économiques : “On parle de milliers de tonnes par an. Si notre solution alternative est plus chère, elle ne sera pas adoptée par les entreprises!” , souligne Estelle Métay.

Issue d’une famille où pousser les études jusqu’en thèse n’allait pas forcément de soi, la jeune femme a choisi la carrière de chercheur pendant son stage de master. “Je ne connaissais pas du tout ces métiers, et on peut dire que j’étais un peu arrivée à la fac par hasard ! Mais à la fin du stage, quand le chercheur qui m’encadrait m’a demandé ce que je voulais faire plus tard, je lui ai répondu : être votre place ! Il n’a pas été surpris”, raconte-t-elle en riant.

Pas de recherche sans transmission de savoir

La suite confirmera l’intuition du maître de stage : cursus universitaire à Nantes, thèse à Paris XII puis post-doctorat aux Etats-Unis dans le laboratoire du prix Nobel de chimie Ei-Ichi Negishi à l’Université de Purdue (La Fayette, Louisiane) : “Le professeur Negishi n’avait pas encore eu son prix mais c’était dans l’air”, raconte-t-elle, “et de toute façon le cadre était déjà impressionnant ! Le laboratoire avait reçu le Nobel de chimie en 1979 avec Herbert Brown, sa présence était partout.” De retour en France, Estelle Métay part en quête d’un laboratoire dynamique où elle puisse s’épanouir dans tous les aspects de son métier. Elle rejoint l’équipe du Prof. Marc Lemaire à Lyon en 2007. “Nous ne sommes pas que chercheurs, nous sommes aussi formateurs. J’aime transmettre mon savoir-faire et nourrir mes formations avec nos avancées. Les étudiants nous aident à ne pas déconnecter et ce sont de vrais partenaires dans les projets.

L’intérêt du laboratoire pour les huiles végétales n’est pas récent. En effet, le glycérol, longtemps considéré comme le déchet du biodiesel, a fait l’objet de différentes études qui ont notamment conduit à la mise au point d’un solvant le 1,2,3,-triméthoxypropane (breveté par l’équipe) donc les propriétés sont intéressantes. “Le produit fini est très intéressant mais notre méthode pour le produire n’est pas encore assez “verte”. On parle de gros tonnage, c’est la sécurité des personnes et l’environnement qui est en cause.” Avoir un impact positif sur le monde qui l’entoure semble lui tenir particulièrement à cœur : “On aborde la chimie organique relativement tard dans les études. Dans les premières années on vous parle surtout des applications pharmaceutiques des produits synthétisés, c’est un peu le prestige. Mais je suis persuadée d’être aussi utile là où je suis. Mettre au point une chimie durable, non polluante a encore plus d’impact sur la population.” Une part importante de son activité est le dialogue avec les partenaires industriels, qui sont souvent à l’origine de nouvelles recherches au laboratoire.

Une discipline qui souffre de sa mauvaise réputation

« Par contre je suis très forte en solvants, je peux venir à bout de n’importe quelle tache ! »
La chimie sent le soufre : elle évoque surtout les catastrophes industrielles à grande échelles des années 1970 et 1980. Les conséquences sont regrettables : “Il n’y a plus aucune usine en France qui fabrique du paracétamol parce que les coûts de production des procédés actuels sont estimés trop élevés. Je trouve plus constructif de chercher comment maintenir une production industrielle en améliorant, quand cela est possible, les voies d’accès aux produits d’intérêts. Ou en partant de matières premières biosourcées, c’est-à-dire disponibles dans la nature”, défend Estelle Métay. Elle communique d’ailleurs largement cette passion autour d’elle. Tous ses proches ont visité le laboratoire, de son fils de quatre ans à son père (qui s’est un moment demandé, devant les nombreux croquis illustrant sa soutenance de thèse, si sa fille n’était pas en fait secrètement étudiante en dessin). “J’ai parfois du mal à décrocher : à la maison, je ne dis pas que j’égoutte les pâtes mais que je les filtre”, confie-t-elle en riant. “Et je sais trop bien lire les étiquettes, du coup je ne regarde pas trop celles de mes cosmétiques… Par contre je suis très forte en solvants, je peux venir à bout de n’importe quelle tache !

Estelle Métay réfléchit à présent, avec ses collègues du laboratoire, le CNRS et Lyon Ingénierie Projet (cabinet d’aide aux montage de projets, filiale de l’Université Claude Bernard Lyon 1), à l’élaboration d’un dossier pour un financement européen. C’est un travail considérable mais qui permet d’être soutenu pendant cinq ans et ainsi de recruter plusieurs collaborateurs. “Je voulais faire de la recherche pour aller au bout de mes idées : je n’ai pas été déçue”, conclut-elle.

Pour aller plus loin
L’Institut de Chimie et Biochimie Moléculaires et Supramoléculaires, ICBMS (Université Claude Bernard Lyon 1, CNRS, INSA, CPE) rassemble environ 180 personnes : 80 permanents et une centaine de non permanents dont plus de 60 doctorants et post-doctorants. Les travaux s’articulent autour de trois grandes thématiques qui ont trait à la fois à la chimie et à la biochimie :

  • Synthèse, méthodologie et catalyse
  • Biomolécules : synthèse, propriétés et assemblages
  • Membranes biologiques et biomimétiques, biocatalyse

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Cléo Schweyer

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2 Commentaires

  • Bensehaila dit :

    Salut tout le monde.
    J’aimerais entendre parler de mes professeurs et étudiants(es) collègues des années 1983, 1984, 1985 et 1986 à l’Université Claude Bernard la Doua Lyon 1 (École Supérieure de Chimie Industrielle de Lyon).
    par exemple:
    Mes enseignants(es) de l’au temps
    Chimie organique fine (Mer Goré), Chimie analytique (Mer Merlin), Électrochimie (Mer Debecdelièv), mon encadreur (Mer Boulanger)……
    ma copine de laboratoire Martine
    merci.

    • Cléo Schweyer Cléo Schweyer dit :

      Bonjour,

      Avec plaisir, en passant par le formulaire de contact et en donnant le nom de tous ces joyeux drilles, le vôtre y compris !

      A bientôt

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