La viande du futur sera-t-elle faite en laboratoire?


Une équipe de chercheurs hollandais a présenté en 2013 le premier steak fabriqué in vitro. Mais pourquoi remplacer la viande traditionnelle ?

Cet article est tiré du premier numéro de C.Q.F.D., « journal scientifique et décalé » réalisé par (et pour) les étudiants en sciences de l’Université Claude Bernard Lyon 1. Longue vie à ces jeunes confrères !
Quand on parle de steak en éprouvette, on pense souvent à la malbouffe, à l’image du film L’Aile ou la cuisse de Claude Zidi. Une viande dont on préfère ne pas savoir comment elle est faite, au risque de ne jamais vouloir y goûter ! Pourtant, une équipe hollandaise de chercheurs assure que le processus de fabrication de la viande in vitro suit un protocole sain et naturel.

Il aura fallu six ans de recherches et sept semaines de fabrication pour que cette équipe de l’université de Maastricht aux Pays-Bas parvienne à réaliser ce premier steak in vitro. Il s’agit d’un steak fabriqué à partir de cellules souches musculaires prélevées dans la partie comestible de l’animal vivant (dans le cadre de ces recherches, un bovin). Ces cellules ont la capacité de se multiplier un grand nombre de fois. Elles sont placées dans des boîtes de Petri contenant un milieu de culture composé de minéraux, d’acides aminés et de sucre, ce qui permet leur croissance. On dispose aussi dans ce milieu des antibiotiques nécessaires à l’élimination de toute infection. « Ces derniers sont ensuite retirés du produit final« , assure Mark Post, le responsable de l’équipe hollandaise.

Cependant, aucune information n’a été donnée sur les risques d’antibiorésistance dus à la présence d’antibiotiques dans le processus de fabrication. Dans les boîtes, à raison d’une division par cellule toutes les dix-huit heures, on obtient au bout de quatre semaines assez de cellules pour pouvoir ensuite les placer autour de petits bâtons d’agarose. Les cellules vont venir former sur ceux-ci des fibres de muscles qui, grâce à un courant électrique, vont se contracter. L’ensemble des anneaux de muscles obtenus est alors stocké au congélateur. C’est ensuite que sont ajoutés de la chapelure pour la consistance,du jus de betterave, du caramel et du safran pour la couleur.
Les chercheurs ayant eu la « chance » de goûter ce steak in vitro ont trouvé que cette viande avait le même goût qu’une viande normale. Cependant, sa consistance est différente. En effet, la viande in vitro ne possède pas de fibres nerveuses, de sang, ou de tissus graisseux. De plus, la viande naturelle comporte 5 à 15% de matière grasse, alors que la viande in vitro ne possède que le gras rajouté en cuisson.

Produire plus à moindre coût… et polluer moins ?

Actuellement, la population mondiale est estimée à plus de 7 milliards d’individus. Elle sera de 9 milliards en 2050.
Il faut savoir que la Chine représente 20% de la population et consomme à elle seule un quart de la production mondiale de viande. Dans le monde, 200 millions de tonnes de bêtes sont abattues par an. Aux États-Unis, un million de poulets est consommé chaque heure. C’est donc parce que les ressources et la surface de notre planète sont limitées, et que la demande de viande est croissante, que de nombreux animaux se retrouvent entassés dans des enclos fermés, bourrés d’hormones, d’antibiotiques… En somme, il s’agit de produire plus à moindre coût !

L’élevage mondial est aussi responsable de 37% des émissions de méthane. Il s’agit d’un gaz à effet de serre qui participe grandement au réchauffement climatique. En effet, un boeuf dégage en un an l’équivalent d’un trajet de 18 000 kilomètres (soit la distance Paris- Hong Kong ) en voiture. Enfin, il faut noter que d’après les chercheurs, la production de viande in vitro ne nécessiterait que 1% de l’eau consommée par l’élevage traditionnel (sachant que, pour produire 1 kilogramme de boeuf, il faut 15 500 litres d’eau).

besoin en eau des aliments

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Ils prévoient de remplacer l’élevage par des bio-réacteurs cultivant des cellules de muscles et fonctionnant nuit et jour. Ces bio-réacteurs émettraient moins de gaz à effet de serre et permettraient une grosse économie d’énergie.Enfin, bien qu’aujourd’hui le protocole de production soit long et coûteux (300 000€ pour un steak !), l’équipe hollandaise cherche actuellement à rendre la production de viande rentable. Et ce dans le but de répondre à la demande croissante en viande, sans pour autant augmenter l’élevage mondial.

Votre steak : in vitro, végétarien ou au pétrole ?

D’après le site alimentation.gouv.fr, « l’apparition de l’antibiorésistance est un phénomène naturel de défense des bactéries vis-à-vis de l’action exercée par l’antibiotique qui est là pour détruire ou arrêter la multiplication de la bactérie.[…]Une préoccupation majeure en termes de santé humaine et animale, car il réduit les possibilités de traitement en cas d’infection. »

Des études ont récemment montré que la consommation régulière de viande transformée (bacon, saucisse…) provoque des maladies telles que le diabète de type 2, des maladies cardio-vasculaires, voire des cancers, avec un risque de mortalité de 20%. Alors que la viande rouge non transformée augmente ce risque de seulement 13%. Il est cependant impossible d’avoir les mêmes chiffres pour la viande in vitro, car il s’agit d’une innovation trop récente. C’est pourquoi rien n’indique que cette dernière est plus saine, ou plus cancérigène d’ailleurs !

La viande in vitro n’est pas la seule solution pour remplacer la viande d’abattoir dans nos assiettes : il existe de la viande à base de tofu (par exemple Tofurky©, une imitation de dinde très répandue en Angleterre : 500 000 repas par jour), de champignon (exemple : le Quorn©), et, plus farfelu, le steak de pétrole ! Pour la petite histoire, la production de steak de pétrole date de 1959. Il était produit à partir de protéines de levure qui se développaient sur le gazole en consommant la paraffine. Ensuite le gazole était séparé des paraffines et de ces levures. Puis ces dernières étaient purifiées pour en éliminer toute trace d’hydrocarbure. Cependant, ce fut un échec total du fait des américains qui, possédant le monopole sur le soja, voyaient en le steak de pétrole une menace économique. Un embargo plus tard, l’usine était fermée !

Outre ces viandes synthétiques, des chercheurs se penchent aujourd’hui sur le développement de l’élevage d’insectes pour la consommation. Il faut savoir que l’entomophagie est déjà pratiquée par 2,5 millions de personnes dans le monde. Mais aujourd’hui, pour les populations rurales, cette consommation dépend fortement des saisons. Les villes, elles, trouvent difficilement des insectes en grande quantité. Ce qui est dommage, puisque les insectes  possèdent l’apport nécessaire en protéines, lipides, fer et calcium et que leur émission de gaz à effet de serre est cent fois moins élevée que l’élevage des cochons. Enfin, la production d’1 kilogramme d’insectes équivaut à 2,1 kilogrammes de nourriture, alors qu’il faut 25 kilogrammes de nourriture pour obtenir 1 kilogramme de viande de vache !

Il est donc d’actualité de se questionner sur ce que l’on mange : est-ce une viande saine ? Sa production n’est-elle pas trop polluante ? Provient-elle d’animaux élevés puis abattus dans des conditions décentes ? S’agit-il de boeuf ou de cheval dans mes lasagnes ? Pour autant, rien ne nous dit si la viande du futur sera in vitro ! En attendant, vous pouvez toujours vous mettre aux insectes… ou devenir végétarien.

Sources :
La viande in vitro, bientôt dans nos assiettes ?, Véronique Préault, ARTE TV, 2013.

Manger autant de viande est une aberration pour l’environnement et la santé, www.notre-planete.info

Pour aller plus loin
C.Q.F.D.est un journal scientifique mais aussi décalé fait par et pour les étudiants du campus de la Doua (bienvenue aux autres aussi !). C’est un outil qui permet la communication entre les étudiants des différents Portails du Campus (Maths, Physique, Info, Génie Civil, Bio etc.) autour d’articles qui nous ressemblent ! Ce Journal est bien sûr numérique, mais il est aussi papier et distribué chaque semestre sur le Campus. Vous êtes intéressez pour participer de près ou de loin au journal ?! Allez dans la rubrique “Vous Voulez Participer ?” et suivez bien les instructions ;D !

Un contenu proposé par

Cléo Schweyer

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