Les plantes à Coca-Cola


Comment Angelo Mariani a presque inventé la boisson la plus consommée du monde.

Et dire qu’un des symboles de l’Amérique aurait pu être français ! On imagine que les héritiers du chimiste Angelo Mariani ont dû longuement méditer sur les tours que peut jouer le destin.  Sans le “vin tonique Mariani à la Coca du Pérou”, John Permenton, pharmacien à Atlanta, aurait-il créé le futur Coca-Cola ? En tout cas son “French Wine Coca” ressemble beaucoup à la boisson développée dès 1863 par Angelo Mariani.

 

Arbuste de coca, collection Roland Bonaparte, herbiers de l’Université Claude Bernard Lyon 1 (Eric Leroux).coca_image01

Arbuste de coca, collection Roland Bonaparte, herbiers de l’Université Claude Bernard Lyon 1 (Eric Le Roux).

Fabriqué à base de feuille de coca (Erythroxylon coca) infusées dans du vin de Bordeaux, avec des graines de cola africain (Cola acuminata) pour adoucir son amertume, le vin Mariani fut un énorme succès commercial. On serait tenté de penser que les 6 à 7 mg de cocaïne contenus dans chaque bouteille n’y sont pas complètement étrangers. Cette version cocaïnisée du vin sera d’ailleurs autorisée en France jusqu’en 1910.

 

Feuilles et fruits de cola, collection Roland Bonaparte, herbiers de l’Université Claude Bernard Lyon 1 (Eric Le Roux)

Feuilles et fruits de cola, collection Roland Bonaparte, herbiers de l’Université Claude Bernard Lyon 1 (Eric Le Roux)

Le « Colomb de la Coca »

Angelo Mariani est lié à l’Université Claude Bernard Lyon 1 par un train de 22 wagons, entré en gare de Perrache un jour de 1925. Il transportait 3 millions de spécimens botaniques organisés, ce qui est rare, comme une bibliothèque : au lieu d’être horizontales, les planches de cet herbier sont verticales et regroupées par espèces dans des boîtes ressemblant à des livres.

Ce fonds impressionnant par son ampleur appartenait à Roland Bonaparte, petit-neveu de Napoléon, géographe et botaniste. “Mon ami, vous êtes le Christophe Colomb de la coca”, écrivit-il à Mariani. Le fonds Bonaparte est visible encore aujourd’hui dans les herbiers de l’université, qui ont accueilli en 1925 cette collection-bibliothèque dont une petite partie (500 000 pièces, des fougères essentiellement) a été prise en charge par le Muséum d’histoire naturelle de Paris à la mort de son propriétaire. Le Muséum manquant de place, Marie Bonaparte a fait dont du reste à l’université de Lyon, meubles et boîtes compris.

Le succès n’a pas profité aux inventeurs

“Mon ami, vous êtes le Christophe Colomb de la coca”, écrivait le descendant de Napoléon à Angelo Mariani.
 Mais l’Amérique ne se laissa pas conquérir : la prohibition avait gagné les États-Unis à partir des années 1880. C’est une version sans alcool (mais avec 8,46 mg de cocaïne) que John Permenton propose à la vente à partir de 1886. Le succès est au rendez-vous après que la recette de son “sirop de coca” ait été un peu modifiée : la boisson sera désormais acidifiée et gazéifiée.

Les héritiers de Mariani arrêteront la production du vin dans les années 1930. Leur Tonique Mariani, créé pour lui succéder, restera en vente dans les pharmacies jusqu’en 1963. Quant à John Permenton, il cèdera avant de mourir la totalité des droits sur la marque Coca-Cola à ses anciens associés, contre une royaltie de 5 cents le gallon…

 

Pour aller plus loin
Les herbiers de l’Université Claude Bernard Lyon 1 se situent au second rang français et parmi les dix plus grandes institutions mondiales selon l’index herbariorum. A cet ensemble s’ajoute la bibliothèque du Prince Roland Bonaparte, riche de quelques 2.000 ouvrages scientifiques, ainsi qu’un remarquable lot de modèles pédagogiques du XIXème siècle utilisés pour l’enseignement. Un circuit botanique sur le campus complète le tout.

  • La collection : Environ 4.400.000 spécimens dont plus de 60.000 types de référence. Cela correspond à 60 tonnes de matériel, classé dans plus de 10.000 boîtes qui mises bout-à-bout représentent 4 km de longueur.
  • Ouverture au public : Sur réservation et lors de manifestations nationales (Journées européennes du patrimoine, nuit des musées, fête de la science)
  • Activités pédagogiques : Visites régulières et ateliers pour la pédagogie et la diffusion scientifique : scolaires, étudiants, groupes extérieurs à l’université
  • Activité de recherche : La collection est un outil de recherche pour tous les collègues scientifiques, au niveau local, national et international. Elle fait l’objet de thèses, colloques et articles internationaux.

 

 Photos Eric Le Roux


Un contenu proposé par

Cléo Schweyer

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1 commentaire

  • louna dit :

    bonjour, je voudrais savoir par quel principe le calque déposé sur une surface d’eau se roule sur lui même et si l’on pouvait contrôler ce phénomène.
    je suis en étude de design et nous travaillons actuellement sur un partenariat avec des ingénieurs. je m’intéresse aux matériaux hydromorphes en général pouvez vous m’en dire plus à ce sujet. je ne trouve que très peu d’information à ce propos.

    merci

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