« La clé d’une bonne recherche, c’est un environnement dynamique ! »


La biologiste moléculaire Pascale Cohen © Eric Le Roux / Université Claude Bernard Lyon 1
Pascale Cohen © Eric Le Roux, Université Claude Bernard Lyon 1

La biologiste moléculaire Pascale Cohen a mis au point un test pour mieux prévoir la réponse au traitement et le risque de rechute du cancer du sein.

Chaque année, en France, environ 50 000 femmes sont touchées par le cancer du sein. Grâce au dépistage précoce, environ 70-80% des cancers du sein sont dit hormono-dépendants et considérés comme “de bon pronostic”. L’équipe médicale proposera souvent à la patiente concernée un traitement par hormonothérapie.

Dans le domaine médical un biomarqueur est le plus souvent une protéine, dosable dans un échantillon biologique, par exemple dans le sang ou dans l’urine. Sa présence peut permettre de diagnostiquer une maladie ou prédire la réponse à un traitement.

Nous avons identifié le marqueur ZNF217 (test ZIRA) comme un nouveau marqueur de mauvais pronostic du cancer du sein. Ce biomarqueur (voir encadré) permet de prédire la rechute à cinq ans des cancers du sein qui étaient considérés comme de bon pronostic par les biomarqueurs conventionnels », souligne la Professeur Pascale Cohen, chercheur au Centre de Recherche en Cancérologie de Lyon (CRCL – Université Claude Bernard Lyon 1 / Centre Léon Bérard / Inserm / CNRS). “ On remarque que des niveaux importants de la protéine ZNF217 sont associés à des rechutes plus fréquentes : cette protéine induit des mécanismes moléculaires qui rendent la tumeur plus agressive et favorisent le développement de métastases.”

Un peu d’intuition et beaucoup de travail

Souriante et le verbe précis, Pascale Cohen raconte volontiers comment elle a commencé à s’intéresser à ZNF217 il y a près de dix ans : “C’est un coup de chance, ou plutôt une bonne intuition !”, explique en riant celle qui travaillait à l’époque à Montpellier. “Je menais une expérience de transcriptomique toute simple, et ZNF217 se trouvait au milieu d’autres gènes dérégulés. Il y avait très peu de publications sur cette protéine mais elles semblaient indiquer que son rôle était intéressant. Nos premiers résultats ont très vite confirmés le rôle crucial que joue ZNF217 en cancérogénèse mammaire. »

Une bonne intuition ne vaut rien sans une démarche rigoureuse : “Nous travaillons avec le Centre de Ressources Biologiques du Centre Léon Bérard, qui a établi une tumorothèque précieuse. Ce sont les échantillons tumoraux de patientes dont ont connaît l’historique clinique avec, pour certaines, un recul de plus 12 ans. C’est un travail colossal et une mine d’or pour nos travaux. »

L’équipe de Pascale Cohen travaille donc sur des échantillons provenant de tumeurs de patientes dont on sait comment a évolué leur maladie, 5 ou 10 ans après le diagnostic. C’est de cette manière que l’on peut valider si la prédiction obtenue avec le test correspond à la réalité de l’évolution de la patiente.

Mieux pronostiquer le risque de rechute

Avec le Dr Julie Vendrell (Université Claude Bernard Lyon 1), Ingénieure de recherche au CRCL, Pascale Cohen a déposé en 2010 un brevet pour un test baptisé ZIRA qui permet de quantifier et définir la valeur pronostique de ce biomarqueur. Elles ont validé son efficacité in vitro (échantillons tumoraux mammaires) et in silico (grâce à des données transcriptomiques) à partir de plusieurs cohortes, sur plus de 3 000 patientes au total. Elles ont aussi démontré que ZIRA est un nouveau test prédicteur de la réponse à l’hormonothérapie. Reste à faire des études cliniques prospectives avec les patientes testées pour “ZIRA ”.

Pascale Cohen et son équipe ont donc pu montrer que ce biomarqueur était à la fois pronostic (donne la probabilité de rechute) et prédictif (indique la qualité de réponse à un traitement donné). Si le test est commercialisé, dès qu’une patiente serait atteinte d’une tumeur du sein, la détection de la présence de ce marqueur pourrait être effectué et permettre aux cliniciens de choisir le traitement le plus efficace pour la patiente (études cliniques prospectives qui restent à développer). L’avantage commercial et économique de ce test est qu’il explore un seul biomarqueur puissant, et donc son coût serait moindre que ceux de tests concurrents plus chers.

A cheval entre deux recherches

Pascale Cohen travaille sur le cancer du sein depuis 1996. Elle passera très vite sur l’ “histoire familiale” qui a pu influencer ce choix, pour souligner qu’elle a toujours été “à cheval entre recherche fondamentale et translationnelle”, c’est-à-dire entre une recherche dont le but est d’augmenter ou affiner les connaissances disponibles et une recherche orientée vers les patients. Dans son cas, cette démarche est doublée d’une expérience forte en recherche appliquée : “J’ai fait ma thèse chez Sanofi Pasteur Diagnostic  puis un post-doctorat à l’Université de Dundee en Ecosse, dans l’équipe du Pr David Lane.” David Lane est un cancérologue célèbre pour sa découvert du gène “suppresseur de tumeur” P53 en 1979. Il a été montré que dans les familles humaines (rares) qui héritent d’un défaut de fonctionnement du gène P53, le nombre de cancers est plus élevé que la moyenne.

Puis j’ai travaillé un an et demi dans l’industrie (Sanofi), dans le domaine de la génomique, à un moment où se réalisaient les premières approches transcriptomiques.” Elle est revenue au monde académique avec sa nomination en 1998 comme Maître de conférences à la Faculté de Pharmacie de Montpellier, en Biotechnologie et immunotechnologie. Elle a rejoint l’Université Claude Bernard Lyon 1 en 2005 en tant que professeur en biologie moléculaire et biotechnologies à l’Institut des sciences pharmaceutiques et biologiques.

Faire circuler la connaissance

“Notre projet est pluri-disciplinaire et nous travaillons aussi bien avec des start-up lyonnaises qu’avec des cliniciens ou des chercheurs internationaux”, résume Pascale Cohen. “La clé d’une bonne recherche est un environnement dynamique qui favorise les échanges. L’état des connaissances est tel qu’on ne peut pas tout maîtriser ni tout faire tout seul, c’est impossible.

Elle les partage d’ailleurs en temps réel avec les étudiants : “Je reviens d’un congrès de l’Association Européenne de Recherche en Cancérologie. L’avancée de nos connaissances dans notre communauté scientifique va me permettre d’actualiser les cours que je donne en PACES, la première année commune aux études de santé. Si la connaissance sur notre génome évolue, il est important que nos étudiants en ait une vision dynamique et actualisée et non figée !

Pour aller plus loin
Le Centre de Recherche en Cancérologie de Lyon (CRCL), dirigé par le Professeur Alain Puisieux, est une structure de recherche labellisée par l’Université Lyon 1, l’Inserm, le CNRS, le Centre Léon Bérard et avec pour partenaire hospitalier les Hospices Civils de Lyon. Il a ouvert ses portes en janvier 2011. Une des ambitions du CRCL est de soutenir le développement d’une recherche translationnelle forte, au service des personnes malades. Ce transfert de savoirs est rendu possible grâce à la forte implication des médecins cliniciens et pathologistes du Centre Léon Bérard et des Hospices Civils de Lyon au sein des équipes scientifiques, pour créer ainsi un vrai continuum entre la recherche fondamentale et les applications cliniques.

Un contenu proposé par

Cléo Schweyer

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