Rana El Sabeh (DR)

Docteure en cancérologie, Rana El Sabeh se passionne pour le monde de l’entreprise. Et se rêve en entrepreneuse de la recherche.

Il faut sans doute une bonne dose de courage, ou d’optimisme, pour s’installer à Lyon sans parler deux mots de Français. La pétulante Rana El Sabeh ne manque ni de l’un ni de l’autre. Arrivée du Liban en 2010 faire un stage de Master 2 de recherche en Immunologie à l’Université Claude Bernard Lyon 1, la jeune femme se rappelle ses débuts avec amusement : “Ce sont mes collègues qui m’ont appris le Français. Ils ont été patients, il me fallait deux fois plus de temps que tout le monde pour faire une phrase !” Leur patience est récompensée : quatre ans après son arrivée, Rana El Sabeh soutient une thèse de cancérologie.

Du microscope au business-plan

La jeune femme a grandi à Beyrouth dans une famille d’entrepreneurs (son père est négociant en vêtements). A la sortie du lycée, elle hésite un moment entre le monde des affaires et celui de la science avant d’opter pour la biochimie. Sa licence en poche, elle se tourne vers l’Europe : “J’avais envie de travailler sur un sujet liant cancérologie et immunologie et j’avais plusieurs universités en ligne de mire !”  Ce sera Lyon et un stage au sein de l’équipe Signalisation de l’immunité innée et oncogénèse de Toufic Renno au Centre de recherche en cancérologie de Lyon. A ce moment-là, elle a déjà sa thèse en tête : “Je me suis donné six mois pour voir. Un bon stage permet de bien connaître les gens avec qui on va travailler ! J’ai eu de la chance : toutes les personnes qui sont passées par ce labo ont apprécié l’accueil et l’ambiance.” Enthousiasmée par le projet de recherche que lui propose Toufic Renno, l’étude du rôle de la protéine MyD88 et de ses interactions dans la formation de certaines tumeurs cancéreuses, elle enchaîne avec une thèse financée par une bourse ministérielle puis une bourse de l’ARC (association nationale de recherche contre le cancer).

L’envie de renouer avec le monde des affaires naît pendant sa quatrième année de thèse. Rana El Sabeh s’intéresse de près à la valorisation et aux transferts de technologie : son contrat de doctorat touche à sa fin, c’est le moment ou jamais de prendre une nouvelle orientation. Elle s’inscrit en master en management à la surprise de ses collègues de labo : “C’était plutôt drôle car les cours me faisaient penser au monde de la recherche : les jeux de pouvoir au sein des équipes, la conduite de projet, les stratégies de financement et de développement… C’était enrichissant de voir comment deux mondes qui me semblaient très éloignés sont en fait assez proches.”

Un travail centré sur l’humain

La jeune chercheuse s’est immergée avec bonheur dans l’univers très compétitif de la recherche de haut niveau : “On est parfois obligé de venir le samedi et le dimanche car certaines manip’ ont plusieurs jours d’attente et quelqu’un doit être là quand elles sont prêtes. J’adore ce travail expérimental, valider des hypothèses.” La veille sur les publications dans le même domaine de recherche fait également partie du quotidien : “C’est le meilleur moyen de se tenir au courant et de s’imprégner du travail des autres ! J’ai beaucoup appris en lisant : comment structurer mes idées, comment emmener les gens d’un point A à un point B.” Rana El Sabeh a d’ailleurs reçu le prix du meilleur poster lors d’un congrès : “Toufic Renno m’a aussi beaucoup apporté : commencer sa présentation par une question, prendre les gens par la main pour qu’ils suivent votre exposé même s’ils ne sont pas spécialistes...”

Prendre les gens par la main, c’est un peu son projet pour les années à venir : son stage de master au “pôle start-ups” de PULSALYS, la Société d’Accélération du Transfert de Technologie de Lyon Saint-Etienne, a été une “révélation” : “C’est tout ce que je rêvais de faire ! Même si la recherche, mes pipettes, mes expériences, m’ont manqué au début… C’est un travail basé sur l’humain : on reçoit le futur entrepreneur, on l’écoute, on cherche à offrir une vision extérieure et proposer des solutions sans pour autant donner son avis.”

Connectée tous azimuts

Pour cette personnalité ouverte et pragmatique, l’écoute est la base du travail bien fait. Lyon a beau être une ville réputée froide, Rana El Sabeh y a tissé en quelques années un réseau dense : “J’aime apprendre de l’expérience des autres et je pense que je ne suis pas la seule ! En général, les gens aiment s’entraider”, affirme-t-elle avec un grand sourire. Elle est vice-présidente de l’association BioDocs Lyon, qui s’efforce de faciliter l’insertion professionnelle des jeunes chercheurs. Et elle a été à l’initiative du troisième Start’Up Week-end Open Labs de Lyon, un événement conçu pour faciliter la création de start-ups à partir de travaux de recherche scientifique. “Jai adoré cet événement. L’organiser a été passionnant : il a fallu trouver des financements et convaincre les différentes personnes (business développeurs, ingénieurs et designers) de venir travailler avec les chercheurs sur leurs projets. Pour nos interlocuteurs c’était une expérience nouvelle et il fallait que tout le monde soit à l’aise !”

Créer sa propre entreprise, elle y pense, forcément. Mais c’est pour plus tard : “Je ne sais pas encore dans quel domaine je veux me lancer. Le moment venu, j’irai voir chez PULSALYS quelles offres de technologie sont disponibles… En attendant, j’ai des projets pour dix ans !

Cléo Schweyer

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Laborantine en chef

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