Science décalée : Sieste, café ou les deux ?


Le poussin du Jardin des Plantes, Voyage à Nantes 2014 cc flickr.com/photos/chat_44/
Le poussin du Jardin des Plantes, Voyage à Nantes 2014 cc flickr.com/photos/chat_44/

A moins d’être un superhéros, vous avez sûrement déjà été fatigué. Et dans ces moments-là se pose un cruel dilemme : est-ce que je bois un café ou est-ce que je fais une sieste ? 

De faire les deux, mon capitaine ! En effet, rien de tel que l’action combinée du café et de la sieste pour repartir sur de bonnes bases… à condition de boire le café d’abord. Les Anglais ont même développé l’expression coffee nap, « café sieste » dans la langue de Molière. Le principe est simple, pour peu que l’on ait quelques explications : d’abord sur le fonctionnement de la caféine, puis sur celui de la sieste, et enfin sur le miracle qu’est leur combinaison.

La caféine empêche pas de dormir… mais pas tout de suite

Notre cerveau comporte des récepteurs à l’adénosine, une petite molécule qui joue un rôle dans de nombreuses fonctions de notre corps (l’ATP, une adénosine liée à trois phosphates, est notre principal fournisseur d’énergie, l’AMPc, une adénosine avec un phosphate, permet à nos cellules de transmettre des messages, etc…). Et la molécule de caféine a une structure similaire à celle de l’adénosine ! Et quand on sait que l’adénosine est responsable de la fatigue quand elle est présente en quantité trop importante dans notre cerveau, tout devient aussi clair qu’après un bon café ! En deux mots, la caféine se lie aux récepteurs à la place de l’adénosine et le tour est joué.

Mais cela ne dispense pas de dormir, car l’effet est très nettement amplifié lorsque le café est suivi d’une sieste. La caféine a en effet besoin d’un peu de temps pour agir : il lui faut environ vingt minutes pour être absorbée par l’intestin, passer par le sang et rejoindre le cerveau. C’est ici qu’intervient le sommeil : lorsque l’on dort, le niveau d’adénosine dans notre cerveau diminue, et celle-ci se détache alors des récepteurs. La voie est donc libre pour la caféine ! Mais si on dort plus de vingt minutes, les chances d’entrer dans une phase de sommeil profond augmentent, et il est probable qu’il nous faille un moment pour émerger.

Résumons : vous buvez votre café, la caféine entame son périple. Vous dormez, voire vous somnolez, ça suffit, un quart d’heure ou vingt minutes maximum, l’adénosine se retire des récepteurs, qui sont alors libres comme l’air. Et au moment où vous vous réveillez, la caféine est dans votre cerveau et se fixe aisément aux récepteurs. Vous êtes donc doublement reposé et prêt pour la suite de votre journée !

Combiner café et sieste courte 

Plusieurs études concordent : en 1994,  24 jeunes hommes n’ont pas dormi pendant 24 heures. Après quoi ils ont eu droit à de petites siestes. Douze ont reçu un placebo (substance similaire au café, mais sans effets), et douze un café, avant leurs siestes. Ceux qui buvaient du café réussissaient comme s’ils étaient frais des tests de logique et restaient en alerte, alors que ceux qui avaient reçu le placebo étaient beaucoup moins bons.

En 1996, plusieurs études de l’université de Loughborough au Royaume-Uni ont également démontré que des sujets ayant eu droit au coffee nap étaient significativement meilleurs à des tests de conduite que d’autres ayant eu seulement du café, seulement une sieste, ou une sieste et un placebo décaféiné. Enfin, une étude japonaise a prouvé en 2003 qu’en prenant un café et en faisant une sieste, on était moins sujet au coup de barre du milieu d’après-midi que sans sieste… ou en se mettant de l’eau sur le visage (ce dernier point paraît logique !).

Cette chronique a été diffusée pour la première fois dans Sciences pour Tous, l’émission : Explorons l’Univers ! sur Radio Brume le 22 novembre 2015.


Un article de Cléo Schweyer


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