“Contre Ebola, rien n’est perdu!”


Viktor Volchkov
Viktor Volchkov

L’équipe de Viktor Volchkov est la seule en France à étudier au niveau moléculaire pourquoi le virus Ebola est aussi ravageur. Avec des solutions en ligne de mire.

Depuis sa première apparition sous un microscope en 1976 et jusqu’à très récemment, Ebola a fait moins de 2 000 morts. C’est peu comparé aux 250 000 à 500 000 décès attribués chaque année à la grippe : “Ebola n’est devenu que récemment un problème de santé publique et un sujet médiatique, à cause des épidémies en Afrique de l’Ouest. Mais le virus est au cœur du projet de recherche de mon équipe depuis des années ”, rappelle Viktor Volchkov, chercheur au Centre international de recherche en infectiologie (CIRI) de Lyon (Université Claude Bernard Lyon 1 / Inserm / CNRS / ENS) et professeur de virologie à l’Université Lyon 1. “Jusqu’à présent, compte tenu du nombre relativement limité de victimes, les autorités le considéraient comme un virus dangereux mais exotique.

Ebola est le virus préféré des films catastrophes : très contagieux, avec un taux de mortalité pouvant aller jusqu’à 90% (52 % dans l’épidémie de 2014) et des symptômes spectaculaires (forte fièvre, éruption cutanée, insuffisance rénale et hépatique, hémorragies internes et externes dans les cas les plus graves). L’Organisation Mondiale de la Santé prend très au sérieux l’épidémie de 2014, avec 3 069 cas suspects et 1 552 décès entre le 23 mars et le 26 août 2014. Car les modes de vie ont changé depuis 1976 et la vision d’Ebola faisant le tour de la planète en avion a de quoi donner des sueurs froides.

L’épidémie est difficile à contrôler”, analyse Viktor Volchokov. “Les personnes infectées peuvent rester jusqu’à 21 jours sans symptômes avant de tomber brusquement malades, et elles sont contagieuses jusqu’à 60 jours (tant que le virus est présent dans leur sang et leurs sécrétions). C’est délicat d’organiser des quarantaines, surtout quand l’infection a déjà commencé à se répandre largement dans plusieurs pays.” La panique et le manque d’information des populations concernées jouent aussi un grand rôle dans la propagation du virus.

Vivre et travailler avec le virus Ebola

Franco-russe, Viktor Volchkov est arrivé à Lyon comme chercheur invité en 1999. Il a rejoint le CIRI à l’invitation du Docteur Charles Mérieux pour travailler dans le laboratoire P4 Jean Mérieux qui venait d’ouvrir. Il a organisé le Laboratoire des Filovirus au sein de l’unité Inserm 758 et il est aujourd’hui à la tête de l’équipe “Base moléculaire de la pathogénicité virale” (CIRI / Inserm U1111). Le “P4” est le seul laboratoire français non militaire à répondre au niveau 4 des normes internationales de sécurité biologique. Les chercheurs viennent de tout le pays pour travailler sur des virus générant soit des maladies infectieuses très contagieuses et létales, par exemple la variole, soit des fièvres hémorragiques type Ebola ou Marburg.

M. Volchkov travaille sur cette dernière catégorie depuis le début de sa carrière et a contribué à la plupart des avancées en ce domaine, notamment sur Ebola. Son équipe est la seule équipe civile en France impliquée dans l’étude de la pathogénicité du virus au niveau moléculaire, et elle est considérée comme la meilleure du monde dans ce domaine. D’autres équipes civiles, comme celle de Sylvain Baise à l’Institut Pasteur, s’occupent essentiellement du diagnostic d’échantillons contaminés.

Ce qui rend Ebola particulier, c’est comment nous y répondons

Ebola appartient à la famille des filorvirus, reconnaissables à leur forme allongée (image ci-dessous). Ces virus se multiplient massivement et tuent la majorité de leurs victimes. “Au niveau cellulaire, beaucoup de virus sont encore plus destructeurs », note le virologiste. « Mais à l’échelle de l’organisme ils provoquent une réaction immunitaire en cloche : elle augmente en intensité puis se calme et l’organisme évacue le virus, après quoi nous sommes immunisés. Avec Ebola les réactions inflammatoires sont tellement fortes que l’organisme n’est plus capable de les réguler, causant des dommages spectaculaires au système immunitaire. Cela permet au virus de se répandre encore plus facilement. Nous cherchons à comprendre les bases moléculaires de cette réaction excessive et comment nous pouvons les éviter.

 

Le virus Ebola

Le virus Ebola

 

L’être humain n’est pas l’hôte naturel d’Ebola : on pense qu’il s’agit à l’origine d’un virus qui se multiplie chez la chauve-souris”, ajoute-t-il. Jusqu’à présent, l’humain était en quelque sorte une destination finale pour Ebola. La plupart des épidémies précédentes ont été rapidement maîtrisées, sans de trop nombreuses contaminations humain/humain.
Le danger le plus important avec l’épidémie actuelle est qu’à force de voyager par le contact humain, le virus saute encore à d’autres espèces, ce qui rendrait sa progression d’autant plus difficile à maîtriser.” Or, l’équipe de Viktor Volchkov a déjà montré que le virus en est capable.

L’approche génomique apporte de nouvelles réponses

Malgré les inquiétudes actuelles sur notre capacité à faire face à l’épidémie, Viktor Volchkov semble optimiste. Son équipe aurait mis au point, depuis plusieurs années déjà, des “candidats sérieux” à un vaccin anti-Ebola. “Nous avons exploré plusieurs pistes avec des partenaires américains et australiens. Une des pistes les plus prometteuses est de produire des virus recombinants, porteur de glycoprotéine de surface du virus Ebola ».

Les tests réalisés à Lyon et aux États-Unis sont encourageants : les vaccins candidats ont montré une protection d’animaux immunisés, dont des singes. Un des prototypes de vaccin produit par l’équipe de Viktor Volchkov (un virus VSV recombinant portant des glycoprotéines d’Ebola) est actuellement en phase de test aux Etats-Unis. Une autre approche est la génétique inverse : on produit des virus Ebola affaiblis, incapables de provoquer la maladie. Son équipe a été la première, dès 2001, à développer cette technique dont elle rendu compte dans la revue Science. Les virus affaiblis pourraient être également utilisés pour mettre au point un traitement.

Vaincre Ebola est possible avec plus de moyens

L’inquiétude du chercheur est autre : “Elaborer un vaccin demande beaucoup d’argent. Nous sommes certes bien soutenus, grâce à divers financements nationaux et internationaux, dont le projet européen Antigone. Mais tester un vaccin et un traitement réels contre Ebola demanderait des moyens qui ne sont pour l’instant pas prévus dans le financement des projets liés à l’utilisation des laboratoires P4,  où une semaine de travail peut coûter jusqu’à 5 000€ à mon équipe.”

D’après Viktor Volchkov, la France est probablement le seul pays où les chercheurs qui conduisent des expériences avec des virus de niveau P4 ne reçoivent pas de soutien financier spécifique. C’est un handicap par rapport aux chercheurs étrangers. Ebola étant jusqu’à présent considéré comme une infection exotique et rare, les grands industriels ne se montrent pas très enthousiastes non plus à l’idée de s’engager dans le développement d’un vaccin. “Peut-être les choses vont-elles changer, à présent”, espère M. Volchkov. D’autres pays s’équipent actuellement en laboratoires P4 : en dix ans, les États-Unis sont passés de deux à sept équipes travaillant avec Ebola

Les autorités doivent vraiment anticiper davantage”, conclut-il. La mise au point de vaccins et traitements est un processus très encadré, long et très cher : il ne faut pas attendre d’avoir une épidémie sur les bras pour s’y mettre. Contre Ebola, rien n’est encore perdu !

Pour aller plus loin
Comprendre les maladies infectieuses pour mieux les contrôler : le Centre international de recherche en infectiologie (CIRI) regroupe plus de 20 équipes derrière un objectif,  la lutte contre les maladies infectieuses, deuxième cause de mortalité dans le monde. Par une approche pluridisciplinaire alliant la microbiologie (bactériologie et virologie), l’immunologie, la biologie cellulaire, la recherche clinique et l’épidémiologie, sans oublier sa forte interface avec le monde industriel, il se veut un Centre de Recherche ouvert sur l’innovation thérapeutique et un acteur majeur de la médecine de prévention et du traitement des maladies infectieuses.

Un contenu proposé par

Cléo Schweyer

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1 commentaire

  • soulebot dit :

    Bonjour,

    Je fais une revue de presse sur l’épidémie d’Ebola (les Échos, Le Figaro, Libération, Le Monde)

    Est-ce que ça vous intéresse que je vous la fasse passer ?

    Cordialement

    MP Soulebot

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