Comment décider dans un monde en perpétuel mouvement ? En travaillant sa capacité d’analyse.

Rencontre avec François Conesa, responsable du master Management du risque à l’Institut des Sciences Financières et d’Assurance de l’Université Lyon 1 et cofondateur de l’agence d’études statistiques Soladis.

En management du risque, qu’est-ce qu’une bonne décision ?

C’est un traitement efficace des données dont on dispose, pour agir en quatre étapes :

  1. prise de conscience et recueil des informations,
  2. plan d’action,
  3. plan de prévention,
  4. et enfin pilotage.

L’humain est très important, ne serait-ce que parce qu’en protégeant les personnes on protège l’organisation. Le burn-out commence ainsi à être considéré sérieusement (voir encadré). La modélisation permet aux psychologues d’établir des seuils à partir de signes avant-coureurs cliniques, par exemple des décisions inadaptées. Piloter, c’est mettre en place des dispositifs permettant d’engager de la prévention, de la communication, une analyse de tendances. Pour les événements qui ne nous incombent pas directement, on peut souscrire des assurances adaptées.

N’est-ce pas impossible de prendre en compte tous les paramètres ?

C’est toute la force des mathématiques. Là où le cerveau humain s’arrête à l’examen de trois ou quatre facteurs, le modèle mathématique permet de tous les manipuler simultanément.

Comment traitez-vous l’évènement à très faible probabilité et très fort impact, le “cygne noir” ?

Les lois mathématiques dites d’événements rares permettent d’appréhender, par la simulation numérique, l’impact d’aléas dont certains n’ont jamais été directement observés par la génération actuelle. Ils sont traités par des lois de distribution différentes selon qu’ils sont progressifs ou soudains.

Un événement rare est-il envisageable dans une économie de services ?

Oui : l’exemple classique, c’est Kodak et la photo numérique. L’adhésion des consommateurs a été suffisamment rapide et massif pour constituer, à l’échelle du cycle de vie classique d’un produit, un événement rare de type soudain.

Kodak n’avait donc pas vu venir le numérique ?

L’apparition de la technologie avait été prévue. Ce qui n’avait pas été observé, c’est la possibilité que cette nouvelle technologie provoque un abandon subit de l’ancienne. L’exemple est intéressant car la photo numérique est à la fois un produit et un service. Les comportements en matière de services et de produits se ressemblent sans être identiques, c’est donc assez compliqué à modéliser.

Qu’aurait-il fallu faire ?

Quelque chose qui a émergé depuis : de l’intelligence économique ! De nombreux acteurs proposent aujourd’hui des remontées d’information sur l’état du marché, de la recherche… Il faut pouvoir les exploiter pour observer l’incertitude naissante, qui peut engendrer demain un événement subit. Prenez la big data et ses quantités incroyables de données collectées. Elle rassure les gens : on assimile encore possession de l’information et pouvoir. Mais le vrai pouvoir aujourd’hui, face aux quantités d’informations disponibles, c’est la capacité d’analyse.

Que pensez-vous du fameux “ principe de précaution “ ?

Il est intéressant s’il est synonyme de prévention. Si c’est «  Je ne fais rien pour que rien de négatif ne se produise« , il est antinomique avec le développement, donc avec l’espoir que l’humain ait une vie meilleure. C’est toute la nuance entre gestion du risque et sécurité. J’ai l’exemple d’un organisme de stockage des données épidémiologiques : il avait choisi de priver ses ordinateurs de ports USB et connexion internet. Le problème est qu’en  cas de panne, toutes les données sont perdues ! Traiter le risque de vol entraîne donc un risque de perte. Nous pouvons modéliser l’effet domino des mesures de sécurité. Certains professionnels sont spécialisés dans ce management du risque sous contrainte.

Quelle est alors la bonne attitude face à l’incertitude ?

La bonne décision est forcément multidimensionnelle et collective. Chaque élément doit être pris en compte séparément, puis en interface avec les autres. On ne peut pas se contenter de mettre sous cloche ce qu’on veut protéger !

Pour aller plus loin
Créé en 1930, l’Institut de sciences Financière et d’Assurances est le plus ancien organisme universitaire français habilité à délivrer un diplôme d’actuaire. École interne de l’université Lyon 1 depuis 1998, l’ISFA s’est développé pour accueillir aujourd’hui plus de 600 étudiants par an et un laboratoire de recherche unique en France, dans le domaine des sciences actuarielles.

Cléo Schweyer

,

Laborantine en chef

, vous a proposé ce contenu.
Posez lui vos questions & vos commentaires...


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *