Faire du terrain en écologie, une bonne balade en forêt ?

Suivez le quotidien d’Ambre Salis, en 2e année de doctorat en écologie comportementale au LEHNA. C’est loin d’être une simple promenade !
lecture : 4 min

Quand on me demande des détails sur ma thèse, j’aime beaucoup la résumer de cette manière : une balade en forêt pour chercher des mésanges. En effet, je travaille sur leur communication, et je veux obtenir leur comportement réel, sans stress lié à de la captivité. Je dois donc effectuer des expériences sur le terrain. Présentées de cette manière, il est vrai que ces sessions de terrain semblent agréables. Pourtant, j’exagère grandement quand je compare mon travail à une balade. Avant, pendant, ou après, les différences sont grandes !  

Doctorat en écologie : être sur le terrain

La fondation Vérots, dans la Dombes, dans laquelle j’effectue de nombreux tests sur les mésanges, car des nichoirs y ont été placés

 

Préparer sa balade = de bonnes chaussures, une gourde d’eau, une casquette.

Préparer son terrain : de bonnes chaussures, une gourde d’eau, une casquette…. Et tout un protocole !

Une session de terrain est organisée dans un but précis : obtenir des données pour répondre à une question scientifique. Un exemple, dans mon cas, pourrait-être : est-ce que la mésange bleue et la mésange charbonnière s’entraident pour harceler un prédateur commun ? Une manière de répondre à cette question est d’observer le comportement de mésanges bleues face à des appels de mésanges charbonnière, et inversement. Ces observations doivent être absolument fiables, objectives au possible, et standardisées. Il faut donc, avant toute chose, monter un protocole. Avant le terrain, il y a donc un énorme travail de préparation, avec plusieurs étapes indispensables. Pour commencer, lire de nombreux écrits scientifiques afin de vérifier que notre expérience est valable. … Ensuite, il faut créer un protocole strict et penser à tout : avoir un test contrôle, une taille d’échantillon suffisante, mettre en place des tests en double-aveugle, anticiper la logistique du terrain… Un terrain bien anticipé nous permet d’éviter de nombreux écueils sur le moment, mais aussi plus tard lors de l’analyses des données et de leur interprétation !

Doctorat en écologie : la préparation est importante !

 

Une balade en forêt = Détente

Terrain : Dé-quoi ?

La véritable grande différence entre le terrain et une simple balade, c’est la concentration. En effet, bien que l’on soit dehors, au soleil, notre cerveau est concentré sur les oiseaux à détecter, les étapes du protocole à mettre en place, la synchronisation avec ses collègues… Si bien qu’une fois rentré chez soi, le sommeil n’est jamais difficile à trouver ! Il est parfois compliqué de rester concentrée : étant passionnée par la nature, ma tendance à détourner le regard vers d’autres animaux (ou plantes) est parfois problématique.

Doctorat en écologie : ne pas se laisser distraire

Exemple de petite araignée ayant détourné mon regard lors d’une session de terrain. (Crédit : A. Salis).

L’autre différence, liée à cette concentration, est que nous avons un objectif précis. Cet objectif, par exemple un certain nombre de mésanges à tester, doit absolument être atteint dans un temps bien défini. Par exemple, si nous voulons tester des couples lorsqu’ils nourrissent leurs petits, nous avons 20 jours pour effectuer notre expérience. Le stress monte donc d’un cran ; d’autant plus que nous travaillons dans un environnement que nous contrôlons peu. Un exemple classique est la météo : un peu trop de vent, de froid, ou de pluie, et de nombreuses expériences tombent (littéralement) à l’eau… ou un pneu qui crève, un train manqué (c’est du vécu !). Au-delà d’imprévus logistiques, une expérience, par définition, se base sur des hypothèses biologiques qui peuvent se révéler fausses ou trop approximatives. Faire du terrain, c’est donc accepter que probablement rien ne se passera comme prévu !

 

Balade versus terrain : quel est le meilleur moment ?

Si je choisis de me balader, il est probable que je choisisse l’après-midi, pour digérer mon repas et profiter du soleil. Les sessions de terrain, quant à elles, suivent le rythme de la nature. Mes mésanges sont particulièrement actives au lever du jour. Alors en juin, le terrain commence (très) tôt. Je n’ai pour autant pas à me plaindre : mon terrain doit se faire par temps calme et ensoleillé. Les beaux levers de soleil sont une récompense amplement suffisante ! D’autres écologues travaillent sur des espèces nocturnes, ou pire, sur des espèces nocturnes qui aiment la pluie… On peut donc facilement se retrouver à 2h du matin dans une mare, les pieds dans l’eau, à la recherche d’une grenouille !

Doctorat en écologie : ça commence tôt, mais ça vaut le coup !

Lever de soleil lors d’un terrain à Miribel. Crédit : A. Salis

 

Et ensuite… un repos bien mérité ?

Lorsque je rentre du terrain, une seule envie : se poser et ne rien faire ! Pourtant, la journée n’est pas finie… Il faut préparer le terrain du lendemain et mettre au propre les données de la journée.  Dans mon cas, on enregistre souvent les réponses vocales des oiseaux, on essaie de les filmer, et on note aussi de nombreuses informations recueillies sur le moment. Il faut donc, au calme, tout réécouter et noter au propre, sur un tableur, les comportements importants de notre étude (ex. l’approche, le nombre de cris, les attaques…). Une fois le(s) mois de terrain terminé(s), il faut passer à la rédaction. En effet, l’objectif final pour une expérience scientifique est d’être publiée. Il faut donc analyser les résultats puis rédiger un rapport complet, en espérant qu’un journal scientifique considérera notre expérience comme étant digne d’intérêt. Entre l’idée de départ et la publication finale de l’article, il est courant de devoir attendre un an !

En conclusion, le terrain est extrêmement différent d’une balade en forêt. Exténuant par moment, c’est pourtant une bulle d’air fortement appréciée par les chercheurs en écologie. En effet, en tant qu’écologues, nous sommes passionnés par la nature, et nous passons pourtant la majorité de notre année dans un bureau. Sortir, même sous la pluie, même à 2h du matin, même si on en ressortira lessivé ? C’est un grand oui !  Cela nous permet de nous rappeler pourquoi, au fond, nous faisons ce métier : comprendre combien la nature est vaste et encore grandement incomprise ; retrouver cette fascination enfantine face à tous ces êtres qu’on ne comprend jamais totalement, et qui nous semblent pourtant parfois si familiers. Actuellement sur le terrain, je suis fatiguée et stressée par les mille petites choses auxquelles penser. Pourtant, je sais qu’une fois le terrain terminé…  Je planifierai déjà le prochain !

 


Cet article a été réalisé par Ambre Salis pour Sciences pour tous.

Sa bio :

Doctorante en 2ème année au LEHNA à Lyon 1, j’étudie les comportements de harcèlement de prédateur chez les mésanges. Je me concentre plus particulièrement sur la syntaxe de leurs cris et le fait qu’elles arrivent à communiquer entre espèces différentes. Je fais aussi des cours à la fac, et dès que j’ai un peu de temps, je vais dans des écoles pour partager ma passion aux enfants (et aux professeur.es !).

 

Pour aller plus loin 

Laboratoire d’Ecologie des Hydrosystèmes Naturels et Anthropisés (LEHNA – Université Claude Bernard Lyon 1/CNRS/ENTPE)

 

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