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« La mobilité durant la thèse : une question d’échanges et de réseau ! »

Parole de doc' - Elisa Thoral

Elisa Thoral revient sur l’un des aspects inhérent à la vie de jeune chercheur·euse, la mobilité. Elle nous livre son expérience particulière dans le domaine de l’écologie marine.

Mon travail est terminé pour aujourd’hui. Après m’être changée, je sors admirer la mer depuis le pont arrière du bateau avant que le soleil ne soit couché. Je suis sur l’Europe – un catamaran de 30 mètres de long – depuis plus d’une semaine, en plein milieu de la Mer Méditerranée.

Parole de doc' - Elisa Thoral

© Elisa Thoral


Quelques temps plus tard…

Je me réveille, il est 7h. Après m’être habillée chaudement et avoir pris mon petit déjeuner, je sors affronter les -15°C canadiens pour rejoindre l’Université d’Ottawa pour travailler.

Que s’est-il passé entre ces deux évènements ? Ma thèse, bien-sûr !

 

La mobilité en France

Plusieurs termes permettent de décrire une thèse. La thèse, c’est une période intense de travail. Ce sont des heures de réflexion et d’écriture. Dans mon cas, ce fut aussi un joyeux tour du monde ! En effet, j’ai eu la chance de travailler avec des scientifiques évoluant dans des domaines aussi distincts que variés, et venant également de multiples horizons. Et cela a commencé dès mon Master !

Tout au long de mes stages de Master puis de ma thèse au Laboratoire d’Écologie des Hydrosystèmes Naturels et Anthropisés (LEHNA), bénéficiant du réseau de Loïc Teulier – mon tuteur de stage puis co-directeur de thèse – j’ai eu la chance de mener des expériences dans différentes stations de l’Institut Français de Recherche pour l’Exploitation de la Mer (Ifremer), localisées à de multiples endroits en France.

Une première étude au cours de mon Master 1 de Biologie Intégrative et Physiologie m’a ainsi permis de travailler pendant plusieurs semaines à Palavas-Les-Flots, dans le sud de la France. Quelques semaines ayant un petit goût de vacances, mais durant lesquelles j’ai étudié un poisson emblématique de la Mer Méditerranée, la sardine. Ce travail passionnant se basait sur un fait d’actualité  : la sardine diminue en taille depuis plusieurs années sans que l’on ne sache pourquoi. Cela m’a conduit à échanger avec plusieurs collègues travaillant à la station. Et c‘est notamment suite à une de ces discussions avec Claire Saraux, désormais chercheuse à l’IPHC de Strasbourg, que je me suis laissé embarquer (c’est le cas de le dire) dans une nouvelle aventure scientifique, en pleine mer !

L’été suivant, j’ai ainsi vogué pendant plusieurs semaines sur L’Europe, un catamaran de l’Ifremer, avec pour but d’étudier les populations des petits poissons pélagiques de la Mer Méditerranée – comme la sardine et l’anchois. À la suite d’un travail effectué exclusivement en laboratoire, quel bonheur cela a été (après avoir vaincu le mal de mer, bien-sûr) d’évoluer directement sur le terrain !

 

De quelques mails… à une publication scientifique

Forte de cette expérience toute particulière sur les flots, et à peine remise de mes émotions, l’Ifremer et le LEHNA me proposaient une nouvelle étude qui serait mon stage d’étude de Master 2. Ce dernier portait sur l’effet du jeûne alimentaire chez la sardine et me permis à nouveau d’aller vivre quelques mois dans le sud de la France. Et bien que ce séjour nécessitait une organisation plus importante que les fois précédentes d’un point de vue logistique, ce fût une expérience personnelle et professionnelle très enrichissante.

Ma capacité à communiquer avec les autres et à montrer mon aptitude à travailler dans un environnement professionnel qui n’est pas forcément celui dans lequel j’ai l’habitude d’évoluer m’ont permis de retourner plusieurs fois dans cette station du sud de la France, et ont notamment convaincu mes tuteurs de l’époque que j’étais apte à effectuer une thèse. Mon histoire avec l’Ifremer de Palavas-Les-Flots continue donc de s’écrire jour après jour grâce à des collaborations perdurant dans le temps.

C’est également dans une autre station de l’Ifremer que j’ai eu l’opportunité de travailler avec une ancienne doctorante de mon laboratoire devenue depuis chercheuse à l’Ifremer, Karine Salin, durant ma première année de thèse. Après plusieurs échanges par mails pour des questions techniques de mesures qui ne fonctionnent pas (la routine me direz-vous), nous avons mis en place ce projet avec l’aide de mes directeurs de thèse. Cette escapade était au départ prévue pour m’apprendre une nouvelle technique de mesure du métabolisme dans le muscle des poissons. Et finalement, cette aventure s’est soldée par la publication d’un article dans le journal Biology Letters et par un séjour mémorable dans cette région que je chérie tant : la Bretagne. Qui aurait pu penser à l’époque que quelques mails échangés me conduiraient à plusieurs semaines d’expériences à l’autre bout de la France, aboutissant à mon premier article scientifique en tant que première auteure ? Certainement pas moi !

 

La mobilité à l’international

Cette capacité à être mobile m’a également emmenée bien au-delà des côtes françaises, pour me retrouver de l’autre côté de l’océan Atlantique au début de ma deuxième année de thèse : au Canada !

Grâce au Fond France Canada pour la Recherche, j’ai effectué une mission de quelques mois à Ottawa, capitale du Canada, en compagnie de collègues avec qui Loïc Teulier avait eu l’occasion de collaborer lors de précédents projets.

Me voilà donc partie affronter l’hiver canadien en ce début d’année 2020 sur un continent que je ne connaissais pas, avec des collègues échangeant dans une langue qui n’était pas la mienne et à quelques milliers de kilomètres de mon foyer. Excitant ? Terrifiant ? Après coup, je dirais qu’il s’agissait un peu des deux : c’est ce qui fait le charme de ces missions à l’étranger.

Ce projet avait pour but d’étudier le métabolisme de la truite arc-en-ciel grâce à une technique très précise de double canulation au niveau de l’aorte dorsale (mais qu’est-ce qu’elle nous raconte…). Sans rentrer dans les détails, cette technique permet, grâce à la pose de cathéters, d’injecter des molécules directement dans le sang du poisson et d’effectuer par la suite des prises de sang pour doser des éléments permettant de comprendre comment évolue le métabolisme du poisson au cours du temps. Fascinant, n’est-ce pas ? Et jamais je n’aurais eu l’occasion d’apprendre cette technique si je n’avais pas traversé l’Atlantique !

Ce projet m’aura permis d’échanger sur de nombreux sujets avec de nouveaux collègues et de connaître le fonctionnement d’un autre laboratoire situé à l’étranger, avec des législations et une organisation interne qui lui sont propres. J’ai également eu l’occasion de découvrir pendant ce séjour un nouveau pays, sous des dizaines de centimètres de neige, et de revenir avec de nombreux souvenirs inoubliables.

 

La communication, ou comment provoquer la chance

Comme vous l’aurez compris, toutes ces opportunités de déplacement ne sont pas tombées du ciel : elles sont nées à la suite de discussions et d’échanges avec des collègues provenant de nombreux horizons scientifiques et géographiques !

Depuis que j’ai débuté ma carrière de jeune chercheuse, on m’a toujours rabâché qu’il était essentiel de « réseauter » durant la thèse. Ce mot m’a toujours fait rire, et le simple fait d’échanger et de « provoquer » la discussion avec des personnes que je ne connaissais pas ne me semblait pas si simple. Autrement dit, c’était plus facile à dire qu’à faire. Et finalement, ces échanges se sont fait tout naturellement, parfois au détour d’un café ou d’une bière, sans que cela se place dans un contexte purement professionnel. Ainsi, à la suite de ces diverses expériences qui m’ont permis de voyager, si je n’avais qu’un conseil à donner, ce serait d’oser aborder les personnes qui vous entourent ! Il faut également profiter du réseau professionnel de vos collègues et de vos encadrants, car cela vous permettra d’ouvrir de nouvelles portes, et qui sait, peut-être d’aller visiter d’autres laboratoires au cours de votre thèse ?


Cet article a été écrit par Elisa Thoral pour Sciences pour tous.

Sa bio :

Après avoir effectué un Master en Physiologie, j’ai réalisé une thèse en écophysiologie axée sur l’étude du métabolisme énergétique de différentes espèces de poissons face à de multiple stress environnementaux. Je suis actuellement ATER au LEHNA avec plusieurs projets de recherche en cours où je m’intéresse aux effets de variations de la température sur le métabolisme et sur le comportement de différentes espèces de poissons.

 

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