Quel impact le confinement a-t-il sur la recherche ? Comment les chercheurs et chercheuses adaptent-ils leur travail pendant cette période exceptionnelle ? Manon Gouez, en première année de thèse en sciences du sport au Département Prévention Cancer Environnement du Centre de Lutte Contre Cancer Léon Berard et au LIBM (Laboratoire Interuniversitaire de Biologie de la Motricité), nous livre son expérience.

D’abord, un mot sur toi ?

Manon Gouez, j’ai 25 ans et je suis originaire de Brest.

J’ai fait un parcours STAPS. Après un Master 2 professionnel en Activité Physique Adaptée, j’ai continué en Master recherche à Lille, avant de commencer un doctorat. En parallèle, j’étais sportive de haut niveau au handball. Après plusieurs blessures et plusieurs opérations l’année dernière, j’ai dû arrêter. Ca a coïncidé aussi avec le début de ma thèse.

 

En bref, ta thèse ?

Ma thèse porte sur l’effet de l’exercice physique sur les traitements oncologiques chez les patients atteints d’un cancer du poumon métastatique. L’idée, c’est d’étudier si un exercice réalisé juste avant une cure de chimiothérapie et d’immunothérapie peut améliorer les effets de la thérapie. Par exemple via une amélioration du système immunitaire, ou du métabolisme.

 

Il s’agit donc d’une approche plutôt expérimentale ?

C’est de la recherche clinique. J’effectue des tests auprès des patients, même si des prélèvements sanguins et des analyses en laboratoire seront réalisés. Mais une grande partie de ma thèse se passera au sein d’un service clinique, auprès des patients et aussi du personnel de soin qui m’accompagneront sur les tests physiques.

 

Quel impact a eu le confinement sur l’avancée de ton travail ?

Concrètement, je n’ai pas encore commencé mon travail avec les patients. Je dois encore déposer mon protocole expérimental auprès des comités de protection des patients. Dans un sens, heureusement. Si j’avais commencé, avec le confinement je n’aurais pas été en mesure d’assurer un suivi pendant toute la période de l’étude définie. J’aurais alors dû exclure ces patients de l’étude. De ce point de vue, le confinement n’a pas impacté mon projet principal.

 

Comment va se passer le travail de terrain dans le contexte actuel ?

Nous n’avons pas encore abordé ce point avec ma directrice et mon encadrant de thèse. Nous attendons de voir comment aura évolué la situation d’ici septembre. Dans tous les cas, dans un service de cancérologie et hospitalier en général, lorsque on est malade, on porte un masque pour ne pas risquer de contaminer les patients, on a des gestes barrières. Ces protocoles étaient déjà mis en place avant le confinement, donc je pense que les mesures contre Covid-19 ne changeront pas nos façons de faire même s’il faudra être plus précautionneux.

 


Concrètement, que le confinement change dans ta façon de travailler ?

D’abord j’ai plus de temps pour faire de la biblio sur les sujets que j’avais laissés de côté jusqu’à maintenant. Je peux m’y consacrer pendant plusieurs heures sans être distraite par une autre tâche. Je fais aussi plus de suivi des tâches qu’avant, à la semaine, à la journée. Comme je n’ai pas de déplacements et moins d’interactions. Je suis plus maitre de mon temps.

J’avais aussi des dossiers d’appels à projets à rédiger pour obtenir des financements. C’est une particularité de ma thèse. Les tests physiques réalisés sur les patients seront suivis d’analyses biologiques en laboratoire. Seulement, mon laboratoire n’étant pas spécialisé dans ce domaine, je dois faire appel à un laboratoire de recherche extérieur. Cela nécessite des financements pour payer les consommables et le personnel qui réalisera les analyses. J’ai beaucoup travaillé sur ces dossiers au début du confinement. Malheureusement, les appels à projets ont été reportés en raison du contexte Covid-19.

 

Des difficultés dans ton travail en confinement ?

Le manque d’interaction n’est pas facile à gérer. J’ai besoin d’échanger régulièrement avec mes encadrants, notamment pour peaufiner mon protocole expérimental, et ce n’est pas toujours simple par visio-conférence.  Mais au-delà des aspects pratiques, la difficulté du confinement est plutôt d’ordre personnel. Même si je n’ai pas à me plaindre, le fait d’être seule et de ne pas avoir d’interactions sociales impactent ma motivation. C’est plus ce contexte personnel qui peut avoir des effets négatifs sur ma thèse.

 

Tu as d’autres activités en confinement ?

J’essaie de maintenir une activité physique régulière. Je fais du yoga et j’ai mis en place un programme de renforcement musculaire. Depuis peu, je vais aussi courir. Je profite aussi de mon temps libre pour suivre des MOOCs et j’écoute beaucoup de podcasts !

Récemment, je me suis aussi inscrite sur la liste des réservistes pour accueillir les patients au centre Léon Berard.

 

Des conseils de podcasts ?

Le podcasts Bouffons, qui parle de sujets culinaires. Les podscasts d’un coureur : 93 jours – lé défi d’un végétarien et dans la tête d’un coureur. Et puis, du côté scientifique il y a aussi papa Phd, La Méthode scientifique de France Culture et GrandLabo !

Matthieu Martin

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