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[Covid-19] L’efficacité des vaccins, une comparaison risquée

Efficacité des vaccins

Pfizer, Moderna, AstraZeneca ou Johnson & Johnson. Ce sont les vaccins contre la Covid-19 actuellement autorisés en France et en Europe. Tous n’ont pas le même taux d’efficacité et les vaccins à ARN messager semblent afficher une meilleure protection. Faut-il alors préférer un vaccin efficace à 95% plutôt qu’à 72% ? Jacqueline Marvel, chercheuse CNRS au CIRI, nous explique pourquoi la comparaison de l’efficacité des vaccins contre la Covid-19 ne devrait pas influencer le choix de se faire vacciner.

 

La cible des vaccins, la protéine Spike

En Mai 2021, on décompte quatre vaccins autorisés en Europe. Bien que basés sur des technologies différentes, tous ont une stratégie similaire : cibler la protéine Spike, identifiée comme la molécule permettant au virus de pénétrer dans les cellules afin de les infecter. La réponse immunitaire comprend alors deux étapes clés : la détection de la protéine Spike dans un contexte de danger, puis la production d‘anticorps spécifiques de cette protéine.

Pour détecter la présence d’un agent pathogène, l’organisme est capable de reconnaître des motifs moléculaires particuliers signalant un danger ainsi que les antigènes, signatures de l’élément étranger. Leur détection active la réponse immunitaire en deux temps. D’abord la réponse innée, la première ligne de défense contre une infection, est activée par les signaux danger. Non-spécifique mais très rapide, elle permet d’induire ensuite une réaction adaptative, plus lente mais ciblant spécifiquement les antigènes du pathogène. Elle implique l’activation de lymphocytes B producteurs d’anticorps qui vont se lier aux antigènes viraux permettant ainsi la neutralisation  de l’agent infectieux. Des lymphocytes T capables de reconnaître les cellules infectées et de les éliminer sont également générés.

Les vaccins s’appuient donc sur un antigène caractéristique de l’agent infectieux afin d’enclencher une réponse immunitaire. « La protéine utilisée est plus ou moins la même dans tous les vaccins » confie Jacqueline Marvel. « La question est ensuite de savoir comment faire entrer cette protéine dans l’organisme pour qu’elle soit bien présentée au système immunitaire ». Sur ce point, chaque vaccin utilise une technologie qui lui est propre. Parmi ceux actuellement autorisés en Europe, on distingue principalement deux technologies.

 

Vaccins à adénovirus

AstraZeneca et Johnson & Johnson (mais aussi Spoutnik) proposent un vaccin à adénovirus. Contrairement à des formes plus classiques de vaccins – où l’on inocule une protéine d’un virus, voire un virus atténué ou inactivé -, ces vaccins contiennent une partie précise de l’ADN du Sars-Cov-2. Celle-ci est enfermée et transportée dans l’organisme grâce à un adénovirus, une famille de virus connus pour être de très bons vecteurs viraux. Ce brin d’ADN va alors s’exprimer pour produire des protéines Spike. Ce qui différencie AstraZeneca et Johnson & Johnson, c’est notamment le choix de l’adénovirus. De nombreux essais cliniques sont par ailleurs toujours en cours sur des virus comme Ebola ou le HIV.

Efficacité des vaccins - le vaccin AstraZeneca

 

Vaccins à ARN messager

Ces tout premiers vaccins contre la Covid-19 commercialisés reposent quant à eux sur une technologie tout aussi inédite que potentiellement révolutionnaire dans le domaine de la vaccinologie.

Les molécules d’ARN remplissent de nombreuses fonctions au sein des cellules. L’ARN, en répliquant les séquences codantes de l’ADN, constitue l’intermédiaire entre l’expression des gènes et la production de protéines. Le vaccin comporte un ARN codant pour la protéine Spike qui va permettre la production de celle-ci dans l’organisme. De plus, cette molécule d’ARN sert de signal de danger pour déclencher la réponse innée. Ainsi, les vaccins à ARN messager se passent d’adjuvant, car la molécule d’ARN remplit elle-même cette fonction.

« Les scientifiques ont mis au point une technologie très simple, avec une molécule deux en un : elle donne à la fois l’antigène et le signal de danger » résume Jacqueline Marvel. Un tour de force qui présente par ailleurs l’avantage d’être plus facile à produire et à adapter. Par exemple à d’autres pathologies comme la grippe saisonnière, ou les variants du Sars-Cov-2.

Efficacité des vaccins - Le vaccin Pfizer

 

Un marché des vaccins Covid-19 encore ouvert

Deux vaccins (Novavax et CureVac) sont par ailleurs toujours en cours de validation, mais l’offre de vaccins est amenée à se diversifier encore davantage. On parle déjà de vaccins de deuxième génération. 27 essais sont actuellement en phase 3, 36 en phase 2 et 49 en phase 1. Une diversité qui s’avère nécessaire pour répondre à cette pandémie mondiale, car si Pfizer et Moderna affichent la protection la plus importante, déployer à très grande échelle un vaccin nécessitant d’être conservé à -80°C, -20°C ou 4°C représente un coût logistique, organisationnel différent.

Pour des pays extrêmement touchés par la pandémie, voire dépassés par la crise sanitaire, le coût d’un vaccin sera aussi un enjeu, les prix pouvant varier de quelques euros à une trentaine d’euros par dose. De plus, bénéficier d’un vaccin à une seule dose, plutôt qu’à deux doses présente des avantages dans des contextes locaux où l’accès aux centres de vaccination peut s’avérer plus difficile. Malgré tout, l’efficacité globale affichée diffère d’un vaccin à l’autre.

Doit-on alors se résoudre, lorsque l’on est une personne saine, à bénéficier d’un vaccin dont le taux d’efficacité semble moindre, en raison d’un contexte social, géographique, épidémique particulier ? Pour les chercheurs, c’est justement sur ce point que ce chiffre global ne rend pas compte précisément de la protection offerte, et qu’une comparaison sur ce seul critère d’efficacité s’avère fallacieuse.

 

La protection, pas synonyme de non-infection

95% pour Pfizer, autour de 72% pour Johnson & Johnson. Pour comprendre ces chiffres, revenons aux études cliniques qui ont attesté de leur efficacité.

Le taux d’efficacité d’un vaccin s’obtient au terme d’une vaste étude clinique dans laquelle deux groupes sont suivis : l’un est vacciné, l’autre non. Les scientifiques comparent ensuite le nombre d’infections dans ces groupes pour déterminer le taux d’efficacité du vaccin. Si le nombre de personnes infectées est le même dans les deux groupes, l’efficacité du vaccin est théoriquement de 0%. Si cinq personnes dans le groupe vacciné sont infectées, pour 100 personnes dans le groupe non-vacciné, le vaccin est efficace à 95%. Une personne vaccinée a donc environ 95% de chance en moins de contracter la maladie Covid-19 qu’une personne non-vaccinée.

Certes, Johnson & Johnson ou AstraZeneca affichent un taux inférieur, mais la comparaison de ces chiffres n’est pas la façon la plus pertinente d’aborder la protection des vaccins rappellent les chercheurs. En effet, le taux d’efficacité se base sur le critère infecté ou non-infecté. Au sein de la population, les réactions à la Covid-19 sont très hétérogènes, allant des asymptomatiques jusqu’aux formes les plus graves. Les travaux de chercheurs au sein du consortium Immuno1 du CIRI ont montré que même les asymptomatiques, personnes ayant un test PCR positif mais ne développant pas de symptômes de la maladie, développent une réponse immunitaire. Ainsi 10 à 15% de personnes vaccinées contractent malgré tout la Covid-19 (test PCR positif), mais le nombre de formes sévères et de décès diminue considérablement, quel que soit le vaccin considéré.

« La protection des vaccins décale tout le spectre des formes contractées de la maladie. Des personnes âgées, ou avec des facteurs de co-morbidité, qui auraient développé une forme sévère de la maladie nécessitant une prise en charge hospitalière, ne contracteront peut-être qu’une forme légère ou asymptomatiques grâce au vaccin ». De ce point de vue, la vaccination permet de prévenir les décès et de réduire la pression hospitalière, mais aussi d’éviter des complications à long terme pour les personnes atteintes.

Problèmes respiratoires, fatigue chronique, perte d’odorat et d’autres problèmes associés comme la perte de concentration, ou la difficulté à l’effort, font partie des suites avec lesquelles les personnes ayant contracté une forme aiguë de la maladie doivent parfois composer au quotidien. Ce que les scientifiques appellent le Covid long. « Avec le vaccin, c’est aussi ces suites de pathologies, qui pour certains ont un impact significatif sur la qualité de vie des patients, que l’on va éviter » affirme Jacqueline Marvel.

 

Des connaissances en pleine construction 

Les vaccins offrent donc avant tout une protection efficace contre les complications les plus graves de la maladie Covid-19.

Mais les recherches et le suivi des personnes vaccinées et infectées se poursuivent. Les connaissances sur cette maladie inédite et nouvelle sont toujours en construction. Notamment sur ces effets dits de long Covid, mais aussi pour affiner l’évaluation de la protection de ces vaccins, au regard de la balance bénéfice-risque. Plus le nombre de personnes suivies augmente et plus les populations testées se diversifient, plus le taux de protection de chaque vaccin se précise. A ce titre, les corrélats de protection sont toujours en cours d’étude pour comprendre qu’est-ce qui offre l’immunité. Est-il suffisant d’avoir un taux d’anticorps élevé pour être protégé ? De même, souligne Jacqueline Marvel, « nous n’avons pas d’information précise sur la protection à long terme des vaccins. Tout ce que l’on peut affirmer, c’est que le vaccin est efficace sur une période d’environ 6 mois – le temps qui nous sépare des débuts de la vaccination ». Le vaccin demeurera-t-il efficace au bout d’un an, de deux ans ? Ou nécessitera-t-il un rappel ? Ces réponses viendront avec le temps.

L’immunologie et la vaccination sont aujourd’hui des processus bien décrits et caractérisés, mais cette pandémie n’en reste pas moins inédite. Ainsi, les prédictions des scientifiques ne se verront éventuellement validées qu’à l’épreuve de l’expérience. Il en est ainsi de la question des variants, qui pourraient échapper à la protection conférée par les vaccins basés sur la souche initiale de l’épidémie. Les mutations du Sars-Cov-2, l’impact de l’évolution du virus sur les vaccins actuels sont suivies au jour le jour. De même pour le croisement des vaccins. La recherche scientifique accumule ainsi depuis le début de la pandémie une quantité considérable de données épidémiologiques, virologiques, immunologiques,… et ce à une très grande échelle. Leur analyse permettra d’apporter des éclairages sur la crise que nous traversons actuellement, mais les scientifiques y voient aussi des informations précieuses pour prévenir de nouvelles infections et faire avancer le domaine de la virologie.

Laissons le temps à la recherche d’apporter toutes ses réponses, tandis qu’aujourd’hui les vaccins demeurent une voie privilégiée vers une sortie de cette crise sanitaire.

le 21/05/2021

 


1 Les équipes du CIRI se sont engagées dans l’étude de la réponse immunitaire au SARS-COV2. Cet ensemble de recherche qui implique également les HCL (Dr Sophie Assant) est coordonnée par le Dr Thierry Walzer.

 

Un article écrit avec la participation de

Jacqueline Marvel, DR1 CNRS, responsable de l’équipe « immunité et lymphocytes T cytotoxiques » Centre International de Recherche en Infectiologie (CIRI)

 

Infographie/Images

Image de couverture : Crédits Nicola Vigilanti, avec la courtoisie des Hospices civils de Lyon

Merci à thefrenchviologist qui a accepté de mettre à disposition ses infographies pour cet article. Découvrez son compte Instagram et son site Web   

 

Pour aller plus loin 

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Vaccins contre le COVID-19 : liste des essais cliniques

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The conversation : Voici comment fonctionnent les essais cliniques pour les vaccins contre la Covid-19 

Chaîne Youtube Vox, Why you can’t compare Covid-19 vaccines 

Journal CNRS, Ces variants qui ont changé la donne 

Le Centre international de recherche en infectiologie (CIRI – Université Claude Bernard Lyon 1/CNRS/ENS Lyon/INSERM)

Vaccins Covid-19 : Se faire vacciner

Pop’sciences – Dossier vaccination : De la variole à la Covid : entre peurs, espoirs et raison