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La thèse, un bouquet de compétences

La thèse - bouquet de compétences

Passer de l’influence de la pollution lumineuse chez les amphibiens à la tolérance thermique chez un ver souterrain : une question de compétences, témoigne Morgane Touzot.

Vous avez certainement déjà été confronté.e.s à cette question : “Quelles sont vos compétences professionnelles ?” Cette fameuse question que l’on redoute tous.tes lors d’un entretien professionnel pour un stage ou un emploi, et qu’il est pourtant crucial de se poser. Moi la première, avant un rendez-vous professionnel, j’identifie l’ensemble de mes compétences, ce qui me permet d’être bien préparée, d’avoir pleinement conscience de mes compétences et d’avoir confiance en moi.

Mais par où commencer pour identifier ses compétences ?

Les compétences se distinguent traditionnellement en trois types : les savoirs, les savoir-faire et les savoir-être professionnels. Il est important de connaitre la différence entre ces trois catégories pour ensuite assigner à chacune d’elles nos compétences. Faisons alors un petit point :

  • Savoirs : que l’on qualifie aussi de connaissances théoriques et qui sont les domaines de savoirs théoriques à maîtriser pour exercer un métier, souvent acquis par l’apprentissage et/ou l’expérience,
  • Savoir-faire : que l’on définit comme des compétences pratiques et qui correspondent à notre habilité pratique à réaliser une mission/tâche, à mettre en œuvre son expérience et ses connaissances,
  • Savoir-être : ce sont les qualités personnelles et comportementales, souvent liées à notre attitude et à nos valeurs.

Bien que distinctes, ces trois catégories sont étroitement liées et il est important de savoir les identifier, dans le cadre de ses études, certes, mais pas uniquement. Il ne faut pas négliger les stages professionnels, les jobs étudiants/d’été et les activités extra professionnelles (association, groupe de travail, tutorat, etc.). Dans la suite de cet article, j’ai donc réalisé cet exercice afin de vous partager les différentes compétences qui m’ont permis de décrocher le poste que j’occupe aujourd’hui et vous montrez que nous avons tout.es beaucoup de compétences à faire valoir.

la thèse - Bouquet de compétences

De la difficulté, je tire des bénéfices …

Après un Bac S, je me destinais à devenir vétérinaire. Malheureusement, après deux années de classe préparatoire, je n’étais pas reçue au concours. Malgré l’échec, je retiens de nombreuses compétences de cette première période post-bac. En plus des savoirs théoriques acquis dans le domaine scientifique, j’ai développé de nombreux savoir-être. J’évoque souvent le fait que ces 2 années m’ont appris à travailler efficacement et de manière organisée. Pour faire face à la charge de travail demandée je définissais des priorités et un temps alloué à chaque mission. C’est d’ailleurs toujours avec cette rigoureuse organisation que je travaille aujourd’hui en tant que chercheuse.

Compte tenu également de la pression à l’approche du concours, j’ai appris à gérer efficacement mon stress. Personnellement, le stress est généralement très positif, car il me permet de mobiliser toute mon attention et mon énergie sur la tâche à effectuer. Cependant, quelques exercices quotidiens de respiration issus du yoga m’aident à ne pas laisser le stress me submerger.

Le début d’une longue histoire …

Bien que n’ayant pas décroché ma place en école vétérinaire, je restais passionnée par la biologie. J’ai donc décidé d’intégrer une licence de physiologie animale. Je ne vous cache pas que faire une croix sur le métier qui m’animait depuis toute petite a été particulièrement douloureux, mais j’en ai fait une force : apprendre à se relever et aller de l’avant, après avoir pourtant tout tenté et beaucoup sacrifié ! C’est d’ailleurs l’exemple que je donne lorsque les recruteurs me demandent quelle a été la plus grosse difficulté de ma carrière professionnelle et comment j’ai rebondi.

C’est ainsi reboostée que je débutais ma longue histoire au sein de l’Université Claude Bernard Lyon 1, d’abord en 3ème année de Licence de physiologie, puis en Master 2 Physiologie Intégrée en Conditions Extrêmes (PICE). Ces trois années ont été révélatrices : j’avais enfin trouvé la voie qui me correspondait. Des enseignant.e.s passionné.e.s et passionnant.e.s qui enrichissaient mes connaissances, éveillaient ma curiosité et développaient mon sens critique. Grâce aux enseignements de travaux dirigés et pratiques, je découvrais et appréciais l’esprit d’équipe, où ensemble nous participions à la rédaction de protocoles scientifiques et de comptes rendus. Je considère l’esprit d’équipe comme primordial dans le domaine de la recherche. La collaboration et la coopération de scientifiques favorisent le développement de nouveaux projets et ainsi facilitent les nouvelles découvertes.

Ces trois années m’ont également donné l’opportunité de découvrir les coulisses de la recherche, en m’investissant pleinement dans la recherche scientifique par le biais de stages en laboratoire de recherche.

La thèse, un bouquet de compétences …

Je faisais mes premiers pas au Laboratoire d’Écologie des Hydrosystèmes Naturels et Anthropisés (LEHNA). D’abord en stage de Master 2, que j’inclue pleinement dans mon travail de thèse, puisque mon doctorat en a été la suite logique. Me voilà donc lancée pour 3 années de doctorat en écophysiologie avec pour sujet l’étude des conséquences biologiques de la pollution lumineuse chez les amphibiens.

La recherche bibliographique, mais pas uniquement …

La majorité de mes connaissances, je les ai acquises grâce à une compétence pratique que l’on oublie souvent d’évoquer, tant elle fait partie de notre quotidien, la recherche bibliographique. Après avoir déterminé les grandes lignes de mon sujet, j’ai suivi les nouvelles découvertes à travers les dernières publications parues, ce qui m’a permis de cerner les problématiques de recherche encore inexplorées. Mais nos connaissances ne se limitent pas uniquement à notre propre sujet de recherche. Échanger avec mes collègues, mener des expériences avec d’autres chercheurs, participer à des congrès m’ont permis d’approfondir mes connaissances dans divers domaines biologiques tels que le métabolisme énergétique, le comportement et la génétique.

Parallèlement, j’ai choisi d’enseigner en licence, ce qui m’a permis lors de la préparation des cours de découvrir de nouvelles notions sur des groupes d’animaux que je connaissais peu (par exemple les annélides, comme le ver de terre !).

Compétences théoriques … mais aussi pratiques

La thèse nous apporte également de multiples aptitudes pratiques. Dans mon cas, j’ai eu l’opportunité d’apprendre et de mettre au point des techniques de mesure très diverses. Des techniques allant de la mesure de la dépense d’énergie, où je plaçais des crapauds dans des boites hermétiques pour mesurer leur consommation d’oxygène (calorimétrie indirecte), à des mesures du comportement et du succès reproducteurs, où je comptais des milliers d’œufs afin de vérifier qu’ils soient fécondés (mesure de fitness). Tout cela, en parallèle d’analyses de biologie moléculaire, où je recherchais chez des têtards l’expression de tous les gènes de l’organisme (RNA-seq) ou de gènes spécifiques (RT-qPCR).

Je pense aujourd’hui que c’est là l’une des plus grandes forces de mon CV. Je maîtrise, en autonomie, des techniques de mesure me permettant d’évaluer d’une part des effets à l’échelle moléculaire et, d’autre part, des effets phénotypiques et comportementaux chez les animaux.

La thèse … des compétences transversales

Mais la thèse ce n’est pas que ça, c’est également un ensemble de compétences transversales. J’ai par exemple découvert l’univers des statistiques, un domaine relativement obscur jusqu’alors pour moi, et qui me plait, je dois l’avouer, de plus en plus. La rédaction d’articles scientifiques et de protocoles éthiques est aussi l’occasion d’approfondir sa capacité rédactionnelle. Nous sommes aussi amené.es à participer à des congrès nationaux et internationaux. Bien que stressants, puisque souvent en anglais et devant des centaines de participants, c’est l’opportunité de développer ses compétences oratoires. Enfin, lors d’un stage, n’imaginez pas que seul.e.s vous, stagiaires, acquérez des compétences. En effet, en tant qu’encadrant, nous développons également des compétences managériales en organisant et orientant votre travail, tout en vous permettant de développer votre propre esprit scientifique et sens critique.

De nombreuses opportunités à découvrir …

Malgré l’emploi du temps bien chargé que représente la thèse, je vous conseille de ne pas vous limiter à votre travail de recherche, mais de profiter pleinement de toutes les opportunités que vous offre la thèse. Pour ma part, j’ai souhaité m’impliquer dans la vie du LEHNA. Durant deux ans, j’ai fait partie de l’organisation des animations scientifiques et de la journée des doctorant.e.s. J’ai aussi siégé au conseil d’unité du laboratoire en tant que représentante des post-doctorant.e.s.

Toujours dans l’optique de rencontrer et d’échanger avec de nouveaux professionnels du domaine scientifique, tout en développant mes compétences, j’ai participé à la création du groupe de travail EUR H2O’ Lyon. Ce groupe de travail avait pour ma part un double objectif. Premièrement, mettre en place des évènements utiles aux jeunes chercheur.e.s pour leur travail de recherche et leur insertion professionnelle, dont je pourrais en tant que post-doctorante bénéficier. Deuxièmement, de la prise de contact avec des professionnels à la gestion du bon déroulé des ateliers, l’organisation de tels événements était aussi l’opportunité de développer mon réseau professionnel. Vous devez vous dire qu’avec toutes ces activités professionnelles, je devrais en avoir assez. Mais non, ma passion pour la science allant bien au-delà, je m’investis aussi dans la vulgarisation scientifique, soit par le biais d’animations à destination du public, d’émissions de télévision ou d’articles de vulgarisation, tel que celui proposé.

Aujourd’hui, ce qui fait de moi une chercheure en écophysiologie, c’est l’ensemble de ces compétences. Mais comme toutes les belles histoires, celle-ci a eu une fin et après quatre années au sein du LEHNA, j’ai vogué vers d’autres horizons.  

Changer de sujet, un grand bouleversement ou une preuve de mobilité thématique ?

”The successful applicant will participate in the Department’s work on eco-physiology and molecular biology of soil invertebrates with emphasis on adaptation and responses to thermal stress and the molecular mechanisms underlying these adaptive responses”

Cela aurait pu en effrayer plus d’un.e, mais le jour où j’ai lu ce sujet de post-doctorat, j’ai su qu’il était fait pour moi. D’abord, cela m’a ramené à ma première compétence acquise dès mon plus jeune âge à l’école primaire, l’anglais. La maîtrise de l’anglais est une réelle aptitude dans le domaine de la recherche scientifique, la majorité des publications et ouvrages étant rédigés en anglais. C’est également une compétence indispensable à l’oral pour diffuser ses travaux lors de conférences ou afin de communiquer oralement avec ses collègues dans le cadre de mobilité à l’étranger, comme c’est mon cas aujourd’hui.

Sur le sujet ensuite. Je passais d’un modèle biologique des amphibiens aux vers de terre. Autant vous dire qu’il y avait des différences. Mais je savais pouvoir m’appuyer sur l’ensemble de mes compétences acquises depuis bien longtemps pour prétendre à ce poste, et surtout le décrocher. J’avais peu d’appréhensions sur l’entretien de recrutement en anglais, et la perspective de partir à l’étranger ne m’effrayait pas. Lors de l’entretien, j’ai su démontrer ma maîtrise des techniques de biologie moléculaire nécessaires à la mise en œuvre du projet (RT-qPCR et RNA-seq). En tant qu’écophysiologiste, je connais les mesures physiologiques et phénotypiques classiquement réalisées sur les animaux et suis curieuse de savoir les effectuer chez une nouvelle espèce. J’ai également fait part de mon envie de découvrir des techniques de mesure et d’aborder une nouvelle problématique, au sein d’une nouvelle équipe de recherche. Compte tenu de mes capacités organisationnelle et managériale, j’ai proposé la supervision d’étudiants et ma participation aux enseignements, ce qui m’a permis de démontrer très rapidement ma capacité à être force de propositions.

C’est ainsi que je décrochais ce post-doctorat au Danemark sur une thématique bien différente, mais avec des compétences similaires à celles que j’avais développées en thèse. N’ayez donc plus peur de vous lancer dans de nouveaux projets. Bien que les thématiques puissent être légèrement différentes, vos compétences acquises, une fois bien identifiées, vous permettront de candidater et, qui sait, décrocher le poste tant rêvé !


Cet article a été écrit par Morgane Touzot pour Sciences pour tous.

Sa bio :

Après un Master en écophysiologie au sein de l’UCBL, j’ai intégré le monde de la recherche en poursuivant avec un doctorat lors duquel j’ai mis en évidence les conséquences moléculaires, physiologiques et comportementales de la lumière artificielle nocturne chez diverses espèces d’amphibiens. Toujours dans le domaine de l’écophysiologie, je suis actuellement en post-doctorat au Danemark et recherche les mécanismes d’adaptation au stress thermique chez un invertébré souterrain.

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